Centre européen de sociologie et de science politique

Raphaël Perrin, lauréat du prix de thèse 2025 du Défenseur des droits

Raphaël Perrin (Post-doctorant à l’IRIS, docteur associé au CESSP) est lauréat du Prix de thèse du Défenseur des droits, qui distingue chaque année des recherches contribuant à une meilleure compréhension et à une plus grande effectivité des droits fondamentaux.

Ce prix récompense ses travaux menés lors de sa thèse dirigée par Maud Gelly (CESSP-CNRS) et Anne Paillet (CESSP – Univ. Paris 1 Panthéon-Sorbonne) sur l’inégalité d’accès à l’avortement. 

Une réflexion qu’il développe dans son livre « Le choix d’avorter : contrôle médical et corps des femmes » paru aux éditions Agone en Avril 2025. 

Résumé :

Comprendre comment les médecins perpétuent les obstacles et l’inégalité dans l’accès à l’avortement, et comment s’opposer à ce contrôle.

« Elle a appris, au cours de ses études, à être médecin. C’est-à-dire non pas seulement à ausculter et à opérer, mais aussi à occuper une position de pouvoir. L’expertise des médecins, le monopole du contrôle de l’accès aux soins que confie l’État à cette profession ainsi que la situation de vulnérabilité des patientes (maladie, blessure ou grossesse, désirée ou non) créent une dépendance des secondes envers les premiers. Non sans ressemblance avec le pouvoir des parents sur leurs enfants, c’est cette dépendance qui fonde la domination médicale : celle-ci ne s’exerce pas gratuitement – la médecine n’est pas tyrannique – mais bien en contrepartie d’un soin, ce qui lui donne sa force. »

À partir de plusieurs années d’enquête combinant observation du travail médical dans des centres d’IVG, enquête statistique et entretiens menés auprès de professionnelles et professionnels de santé, ce livre éclaire les causes et les mécanismes de l’asymétrie de la relation entre les patientes et le corps médical.

Pourquoi l’avortement reste un parcours de la combattante alors que la loi n’a cessé de le libéraliser ? En interrogeant l’évolution du rapport des médecins à l’avortement, l’auteur montre que la réponse à cette question se trouve du côté de la pratique médicale, et de la manière dont celle-ci varie en fonction des avortantes. Toutes les demandes d’avortement ne se valent pas : selon leur classe sociale, leur couleur de peau, leur langue, leur âge, leurs comportements sexuels et procréatifs, selon les médecins qu’elles consultent, les femmes accèdent plus ou moins facilement à l’avortement. En montrant comment le consentement « libre et éclairé » n’est le privilège que de quelques-unes, l’auteur révèle le rôle que joue la médecine dans la production des inégalités et, à l’instar de l’école, de l’Église ou de la justice, dans l’institution et le maintien de l’ordre social.