- Catherine Achin, Université Paris-Dauphine (IRISSO), rapporteuse.
- Chloé Delaporte, Université Paul-Valéry-Montpellier, examinatrice.
- Brigitte Gaïti, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (CESSP), présidente.
- Abdellali Hajjat, Université Libre de Bruxelles, examinateur.
- Frédérique Matonti, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (CESSP), directrice de thèse.
- Marwan Mohammed, CMH (ENS/EHESS), rapporteur
Evé Mayenga
Financer les Images de la « diversité ». Politiques symboliques, héritages coloniaux et rapports sociaux de race dans le cinéma français
Cette thèse analyse la manière dont les rapports sociaux de race structurent la production et les représentations du cinéma français. Elle s’intéresse à l’enjeu du financement des films par l’État et à la manière dont des politiques de « diversité » ont proposé d’élargir l’accès à ce type de financement à des producteur⋅rices non-blanc⋅hes et/ou minorisé⋅es. Pour cela, la thèse se concentre sur un dispositif de financement de la création créé en 2007 auprès du Centre national de la cinématographie (CNC) et de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (Acsé), la commission Images de la diversité. La thèse s’appuie sur une enquête ethnographique de cinq ans autour de cette commission et des mobilisations contemporaines pour la « diversité » dans le cinéma et l’audiovisuel. Elle mobilise des analyses statistiques, des observations participantes, des entretiens semi-directifs auprès de professionnel⋅les du cinéma et d’agent⋅es d’institutions ainsi qu’un travail d’archives. Au croisement des Cultural Studies et de la sociologie de la culture, des rapports sociaux et de l’action publique, cette thèse cherche à identifier les fonctionnements institués du racisme au sein du secteur audiovisuel français. En privilégiant une approche matérialiste de la production symbolique, elle étudie les processus d’invisibilisation des normes de la blanchité, qui organisent historiquement le cinéma français. Elle s’inscrit dans un manque relatif de la recherche scientifique et propose une analyse critique de ce monde de l’art et de la croyance en sa puissance « magique » et « universelle ». En s’intéressant aux usages coloniaux, idéologiques et politiques du cinéma, elle montre que cette croyance est au cœur de politiques symboliques de l’État qui, moins qu’à lutter contre le racisme, participent à prolonger une structure de production et de représentation héritée de l’époque coloniale.
Elsie Cohen soutiendra sa thèse de doctorat le
27 novembre 2025 à 14h
EHESS, au 54 boulevard Raspail, 75006, en salle A07-37, et en visioconférence
Thèse sous la direction de Gisèle Sapiro et Markus Messling
Jury :
- Liora ISRAËL, Directrice d’études, EHESS
- Naika FOROUTAN, Professeure, Humboldt-Universität zu Berlin (Rapporteure)
- Sylvie MAZZELLA, Directrice de recherche, CNRS / Université Aix-Marseille (Rapporteure)
- Markus LENZ, Privatdozent, Universität des Saarlandes / Käte Hamburger Kolleg CURE
- Gisèle SAPIRO, Directrice de recherche, CNRS / EHESS (Directrice)
- Markus MESSLING, Professeur, Universität des Saarlandes / Käte Hamburger Kolleg CURE (Directeur)
Elsie Cohen
Penseurs de l’exil : enquête sur les migrations forcées d’intellectuels vers la France et l’Allemagne au XXIᵉ siècle
À travers l’étude des parcours de professionnels de l’écrit (journalistes, écrivains, universitaires) originaires du Machrek, du Maghreb, de Turquie, d’Asie de l’Ouest et d’Afrique subsaharienne en situation de migration forcée en France et en Allemagne, cette recherche apporte un éclairage spécifique sur les métiers intellectuels dans les conditions de l’exil contemporain. Trois centres d’intérêt la guident : les trajectoires d’exil ; la relation entre l’exil et la création ; et enfin la production de récits de soi et du monde par les exilés, et de connaissances contre-hégémoniques, dans un contexte post-colonial et d’inégalités géopolitiques entre les structures intellectuelles des pays du Nord et ceux du Sud. Loin de se réduire à un effacement, cette enquête témoigne de la persistance de l’engagement intellectuel, même sous les formes précaires que l’exil impose. Ce projet se situe entre sociologie de la culture et des intellectuels, sociologie des migrations, et anthropologie narrative.
Mots-clés : Intellectuels en exil; Récits d’exil ; Récits d’universalité ; Politiques et dispositifs d’aide aux intellectuels, étudiants et artistes en exil/réfugiés ; France et Allemagne ; Subjectivités et ruptures biographiques.
Boubacar Diagana soutiendra sa thèse de doctorat le
18 novembre 2025 à 8h
Centre d’archéologie (3 rue Michelet 75006 Paris- Salle D 304 – 3ème étage).
Thèse sous la direction de Jérôme Valluy (Univ. Paris 1 Panthéon-Sorbonne).
Jury :
- Philippe Marchesin Maître de conférences HDR, (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) examinateur
- Marielle Debos Professeure de science politique, (Université Paris Nanterre) rapporteure
- Julien Fretel Professeur de science politique, (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) examinateur
- Wagué Ousmane Professeur de sociologie, (Université de Nouakchott Al Asriya) examinateur
- Eric Soriano Professeur de science politique, (Université Montpellier Paul Valéry) rapporteur
- Jérôme Valluy Maître de conférences HDR, (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) Directeur de thèse
Boubacar Diagana
La biométrie dans l’identification civile en Afrique : Mauritanie et Côte d’Ivoire
Sociologie politique de l’identité nationale et de l’effacement de la Citoyenneté à l’ère des systèmes biométriques de l’identification
Cette recherche examine l’impact sociopolitique des systèmes d’identification biométrique en Afrique subsaharienne à travers une analyse comparative entre la Mauritanie et la Côte d’Ivoire. Alors que la biométrie est présentée comme une technologie neutre de modernisation administrative, cette étude révèle comment son déploiement peut servir d’instrument d’exclusion ou d’inclusion citoyenne selon les contextes politiques et sociaux. La problématique centrale est celle qui consiste à analyser les mécanismes par lesquels l’enrôlement biométrique redéfinit les frontières de l’identité nationale et de l’accès à la citoyenneté. En Mauritanie, le processus d’identification biométrique, lancé en 2011, a exacerbé les tensions ethniques en imposant des critères discriminatoires aux populations négro-mauritaniennes. La démarche de recherche intègre une approche ethnographique au sein des bureaux d’enrôlement, des entrevues avec les communautés marginalisées, des observations participantes, ainsi qu’une analyse des mouvements de contestation tels que « Touche pas à ma nationalité ». Les résultats révèlent que la bureaucratie mauritanienne, orchestrée par des « entrepreneurs d’identité », a engendré un système d’exclusion systématique, particulièrement envers les minorités. En contraste, l’approche ivoirienne, incluant des audiences foraines, a favorisé la cohésion nationale. Cette étude met en évidence le fait que, contrairement aux apparences, les technologies biométriques ne sont pas impartiales, mais plutôt ancrées dans des dynamiques de pouvoir. Ces dernières peuvent exacerber les inégalités sociales ou, au contraire, promouvoir l’intégration, selon les décisions prises par les gouvernements.
Inès Liotard soutiendra sa thèse de doctorat le
20 novembre 2025 à 14h
EHESS, 54 boulevard Raspail, Paris 6e, salle A07_37
L’idée qui vient. Analyse de la circulation de quelques idées critiques depuis le livre et l’édition
Thèse sous la direction de Gisèle Sapiro, directrice d’étude EHESS au CESSP .
Jury :
- Viviane Albenga, professeure, Université de Tours
- Razmig Keucheyan, professeur, Université Paris Cité
- Sébastien Lemerle, professeur, Université Paris Nanterre (rapporteur)
- Sophie Noël, professeure, Université Paris-Panthéon-Assas (rapporteure)
- Gisèle Sapiro, directrice de recherche au CNRS et directrice d’études à l’EHESS
- Régis Schlagdenhauffen, maître de conférences HDR, EHESS
Inès Liotard
L’idée qui vient. Analyse de la circulation de quelques idées critiques depuis le livre et l’édition
Cette recherche analyse les dispositifs de circulation des idées critiques, depuis leur édition jusqu’à leur appropriation. L’étude repose sur un échantillon de six maisons d’édition et de quatre collections critiques. Elle combine une prosopographie de 877 auteurs, une analyse des catalogues éditoriaux et des entretiens avec éditeurs et éditrices. Ce travail a permis de proposer une modélisation du sous-champ des éditions critiques, réparties selon leur proximité avec les champs militant, académique, intellectuel ou journalistique. La diffusion des idées a ensuite été étudiée à travers les recensions académiques, médiatiques et politiques, l’analyse de formations militantes mobilisant des productions critiques, ainsi que plusieurs observations participantes. Enfin, deux études de cas portent sur l’internationalisation et la formalisation en France de la théorie queer et de l’antispécisme.
Cléa Pineau soutiendra sa thèse de doctorat le
19 novembre 2025 à 9h
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Salle à la fresque, 17 rue de la Sorbonne, Paris 5e.
« Un parti comme les autres »? Le mouvement kurde et l’absence de polarisation identitaire à Mersin (Turquie)
Thèse sous la direction de Gilles Dorronsoro, professeur de science politique HDR, CESSP, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne .
Jury :
- Gilles Dorronsoro, professeur de science politique HDR, CESSP, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (directeur)
- Élise Massicard, directrice de recherche en science politique HDR au CNRS, CERI, Sciences Po Paris (rapportrice)
- Jean-François Pérouse, maître de conférences en géographie HDR, Institut Daniel Faucher, Université Toulouse-Jean Jaurès (rapporteur)
- Olivier Grojean, maître de conférences en science politique, CESSP, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
- Frédéric Sawicki, professeur de science politique HDR, CESSP, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
- Marie Vannetzel, chargée de recherche en science politique au CNRS, IREMAM, Université d’Aix-Marseille
Cléa Pineau
« Un parti comme les autres »? Le mouvement kurde et l’absence de polarisation identitaire à Mersin (Turquie)
Aux élections municipales du 18 avril 1999, le parti kurdiste et l’extrême droite remportent deux arrondissements voisins dans le centre-ville de Mersin. Pour la plupart des observateurs et la population locale, la situation est vouée à l’embrasement. Le contexte des années 1990 dessine une situation propice aux conflits identitaires mais les élites locales (économiques, politiques, médiatiques) résistent aux tentatives de polarisation identitaire menées par les forces sécuritaires étatiques, le Parti des travailleurs du Kurdistan (Partiya Karkerên Kurdistan – PKK) et les groupes d’extrême droite. Par ailleurs, le moindre dynamisme économique de cette période nourrit des discours sur « l’invasion kurde », dans un contexte plus large d’émergence de mobilisations identitaires dans les années 1980 en Turquie. Pourtant, les identités, telles qu’elles sont mobilisées par les acteurs légitimes de l’espace politique local, semblent réguler les conflits sociaux plutôt que les attiser : paradoxalement, le recours aux identités par les partis a pour effet d’affaiblir le travail d’ethnicisation mené par les groupes radicaux. Fondée sur un travail d’archives et onze mois d’enquête à Mersin menée entre 2016 et 2023, cette thèse combine une analyse des transformations d’un parti politique avec une analyse microsociologique, à partir des trajectoires d’acteurs. En s’appuyant sur les acquis et les apories des théories de la modération, la thèse restitue l’analyse des mouvements révolutionnaires dans un système de contraintes et une configuration sociale, et souligne le rôle des partis politiques et des groupes capitalistes dans la production des catégories et des hiérarchies au sein d’un ordre social inégalitaire. À Mersin, la gestion des identités par les partis politiques, en particulier le parti kurdiste, régule la compétition entre groupes sociaux et permet le maintien d’un ordre social à l’échelle locale qui justifie les inégalités inhérentes au capitalisme, fondé sur des espoirs de mobilités sociales et urbaines.
Antonio Ahayde Sauandaj soutiendra sa thèse de doctorat le
20 octobre 2025 à 14h
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, CESSP, 17 rue de la Sorbonne.
Sociohistoire de l’entreprise politique de Jair
Bolsonaro (1989-2025). Masculinité stratégique et travail de représentation
politique à l’ère du numérique.
Thèse sous la direction de Mme. Delphine DULONG (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Centre européen de sociologie et science politique)et de Mme. Flávia BIROLI (Université de Brasília)
Jury :
- Ivan CHUPIN, rapporteur, professeur d’université, Université Sorbonne Paris Nord.
- Bastien FRANÇOIS, examinateur, professeur d’université, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Centre européen de sociologie et science politique.
- Sylvain LAURENS, examinateur, directeur d’études, École des hautes études en sciences sociales.
- Mme Frédérique MATONTI, présidente, professeure déléguée aux thèses, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Centre européen de sociologie et science politique.
- Mme Marie-Hélène SA VILAS BOAS, rapporteure, maîtresse de conférences, Université Côte d’Azur.
Antonio Ahayde Sauandaj
Sociohistoire de l’entreprise politique de Jair Bolsonaro (1989-2025). Masculinité stratégique et travail de représentation politique à l’ère du numérique.
En éclairant sous l’angle du genre les conditions sociales et politiques de l’entreprise politique de Jair Bolsonaro, de sa conquête du pouvoir à sa chute, cette thèse revisite les travaux sur le populisme et l’illibéralisme, et propose une analyse inédite des mutations du champ politique brésilien depuis l’instauration de la nouvelle République. Elle défend l’idée que ce « feu de paille » en politique n’est pas qu’un évènement disruptif conjoncturel. Au-delà de la crise économique et des scandales, l’entreprise Bolsonaro s’inscrit dans des transformations profondes de la démocratie qu’il révèle et parfois consolide : démocratisation des rapports de genre et de sexualité, numérisation de l’espace public, influence croissante des églises évangéliques. Ces évolutions contribuent à la dédifférenciation des champs politique et religieux, brouillent les frontières symboliques entre espace public et vie privée et modifient l’espace du possible en politique. Elles constituent en cela une structure d’opportunités inédites pour des entreprises politiques fondées entre autres sur l’outrance, la politisation des émotions, ou encore la mise en scène du corps. Dans un tel contexte, l’habitus transgressif de Jair Bolsonaro ainsi que ses faibles ressources politiques deviennent des atouts. Mobilisant très tôt les réseaux sociaux faute d’accès aux médias, cet ancien capitaine de l’armée reconverti en député depuis 1989 s’est construit une identité masculiniste anticonformiste qui le tient aux marges du champ politique jusqu’en 2010. À cette date, il s’empare de la campagne transnationale anti-genre et se rend visible dans l’espace public. La lutte contre « l’idéologie du genre » fédère alors la nébuleuse néoconservatrice en une croisade morale collective, dont il devient le champion, soutenu par un large écosystème numérique. Sans la réduire à cette dimension, la thèse souligne ainsi l’importance du genre dans le succès mais aussi l’échec de cette entreprise populiste : ressource politique puissante mais fragile, capable de mobiliser des espaces sociaux peu politisés tout en unifiant des positions hétérogènes, elle est une arme à double tranchant pour Bolsonaro. Devenu président, ce dernier met en scène différentes formes de masculinité pour maintenir son image d’outsider. Mais son masculinisme, autrefois un atout, se retourne contre lui lorsqu’il se heurte aux attentes liées à son rôle institutionnel. Le genre, envisagé comme identité stratégique, apparaît alors comme une ressource politique instable et contingente. Malgré sa brièveté, l’expérience bolsonariste laisse des traces durables : restructuration du système partisan, polarisation morale et religieuse, et usage des réseaux sociaux comme voie d’accès à la politique hors partis. La démocratie libérale montre toutefois sa résilience : le cadre électoral se renforce, et des institutions comme la justice et la presse renouvellent leur champ d’action pour défendre les règles du jeu. Au croisement de la sociologie politique et des institutions, des études de genre et de l’histoire sociale des idées politiques, l’enquête s’appuie sur un corpus varié : documents officiels (annales parlementaires, actes administratifs, jurisprudence, programmes de campagne, notes ministérielles), sources médiatiques issues de la presse écrite, de la télévision et des réseaux sociaux, observation ethnographique de la campagne présidentielle de 2022 et une cinquante entretiens avec des acteurs concernés (partisans, anciens cadres du ministère de l’Éducation, journalistes politiques).
Alihan Mestci soutiendra sa thèse de doctorat
13 octobre 2025 à 9h30
EHESS, 54 boulevard Raspail, 75006 Paris, salle A07_37, 7ᵉ étage
La « guerre culturelle » en Turquie : sociologie historique des intellectuels conservateurs de 1961 jusqu’à l’ère d’Erdoğan
Thèse sous la direction de Gisèle Sapiro (EHESS – CESSP) et Hamit Bozarslan (EHESS – CETOBAC). Financé dans le cadre d’un doctorat de sociologie à l’EHESS.
Le jury sera composé de :
- Hamit BOZARSLAN, Directeur d’études, EHESS (co-directeur)
- Laurent JEANPIERRE, Professeur, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (examinateur)
- Fatma Müge GÖÇEK, Professeure, Université du Michigan (examinatrice)
- Frédéric LEBARON, Professeur, École normale supérieure Paris-Saclay (rapporteur)
- Gisèle SAPIRO, Directrice d’études, EHESS (directrice)
- Thierry ZARCONE, Directeur de recherche, CNRS (rapporteur)
Alihan Mestci
La « guerre culturelle » en Turquie : sociologie historique des intellectuels conservateurs de 1961 jusqu’à l’ère d’Erdoğan
Cette thèse analyse la « guerre culturelle » en Turquie comme phénomène sociopolitique central dans la transformation autoritaire du régime d’Erdoğan. Loin d’être un simple mot d’ordre politique, cette notion fonctionne comme un cadre idéologique mobilisateur pour des intellectuels conservateurs – écrivains, journalistes, universitaires, membres de think tanks – investis dans une reconfiguration des hiérarchies symboliques, et vise à instaurer une nouvelle légitimité culturelle alignée avec les objectifs du pouvoir.
En s’appuyant sur une approche inspirée de la sociologie des champs de Pierre Bourdieu, cette recherche propose de considérer ces intellectuels non comme de simples relais du gouvernement, mais comme des producteurs autonomes d’une offre idéologique visant la conquête du « pouvoir culturel ». Cette revendication s’inscrit dans une stratégie métapolitique, visant à agir sur les représentations collectives et à redéfinir les normes légitimes de perception, en investissant les champs de l’art, de la culture, des médias et de l’université.
L’enquête repose sur une méthodologie croisée : une analyse prosopographique des trajectoires sociales des intellectuels, une étude discursive de leurs interventions (éditoriaux, rapports, discours) et une analyse institutionnelle des dispositifs de légitimation (chouras, subventions, nominations). Le cas paradigmatique étudié est celui de la troisième Choura de la culture nationale (2017), événement organisé par le ministère turc de la Culture, qui réunit environ 170 intellectuels pour formuler une nouvelle politique culturelle. Cette Choura constitue un moment clef de l’institutionnalisation du paradigme du « pouvoir culturel », traduisant des revendications idéologiques en propositions concrètes (réforme des manuels, subventions, encadrement des médias).
La période étudiée, de 1961 à nos jours, permet de retracer la généalogie des discours conservateurs, depuis la guerre froide et l’émergence de la doctrine turco-islamique, jusqu’aux années 2010, marquées par la montée en généralité du discours culturel d’Erdoğan. L’idée de « guerre culturelle », initialement marginale, devient un instrument de légitimation politique majeur, porté tant par des intellectuels que par les plus hautes autorités de l’État.
Cette recherche met en lumière les mécanismes par lesquels un régime autoritaire tente de conquérir non seulement le pouvoir politique, mais aussi l’hégémonie symbolique. Elle montre comment, dans des régimes dits hybrides ou illibéraux, les politiques culturelles deviennent des leviers centraux de reconfiguration de l’ordre idéologique, et comment certaines fractions des élites intellectuelles contribuent activement à cette entreprise.
Mots clés : « guerre culturelle », intellectuels conservateurs, « pouvoir culturel », champ de production idéologique, Turquie, légitimation culturelle, Choura de la culture nationale
Piero Tellerías Melgarejo soutiendra sa thèse de doctorat
7 mai 2025 à 9h
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, salle Duroselle, 14 rue Cujas, 75005, Paris.
Construire et saisir le programme CERT (Community Emergency Response Team) aux États-Unis et au Chili
Thèse sous la direction de Yves Buchet de Neuilly. Cette thèse a été financée dans le cadre d’un contrat doctoral de l’Ecole doctorale de Science politique de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Le jury sera composé de :
- M. Yves Buchet de Neuilly, Professeur de
science politique, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, CESSP – Directeur - M. Jef Huysmans, Professeur de politique internationale,
Université de Londres Queen Mary - Mme. Sandrine Lefranc, Directrice de
recherche, CNRS – CEE Sciences Po Paris - M. Romain Pudal, Directeur de recherche, CNRS – CERLIS –
Rapporteur - Mme. Sandrine Revet, Directrice de recherche, FNSP – CERI Sciences
Po Paris – Rapporteure - M. Antoine Vauchez, Directeur de recherche, CNRS – CESSP
Piero Tellerías Melgarejo
Construire et saisir le programme CERT (community Emergency Response Team) aux Etats-Unis et au Chili.
La fictionnalisation au cœur des processus fragmentaires de circulation intra et internationale d’un instrument de préparation des populations (1985-2020).
Résumé
La circulation nationale et internationale du programme CERT américain s’inscrit dans une trajectoire historique que les acteurs font remonter à l’« âge d’or » du Service des pompiers de Los Angeles (LAFD) et à la fin de la guerre froide. Les supports pédagogiques, archives et récits affirment que l’instrument, conçu par le LAFD entre 1985 et 1987, s’inspire des « programmes de préparation japonais » et de l’« expérience mexicaine en préparation communautaire » pour faire face aux séismes. En 1994, le « programme multi-menaces de Los Angeles » devient un dispositif fédéral qui aurait été par la suite importé au Chili après la catastrophe de Maule en 2010. À cette date, le Bureau d’urgences du ministère de l’Intérieur chilien (ONEMI) initie un projet testé en 2011, suspendu entre 2013 et 2014, puis relancé en 2015 grâce à la construction d’une « identité CERT chilienne » adaptée de l’« identité CERT américaine ». L’ONEMI collabore alors avec l’Agence fédérale américaine de gestion des situations d’urgence (FEMA), le Bureau des urgences de la Californie et le Service des pompiers de la ville de Santa Barbara.
En réalité, comme nous avons pu l’observer grâce à un travail de terrain approfondi mené aux États-Unis et au Chili, ces références, sur le fondement desquelles ont été conçues les variantes angelines, américaines et chiliennes du programme CERT, sont introuvables dans leurs champs d’origine. Nous n’avons vu nulle trace du programme préparatoire japonais, de l’expérience mexicaine en préparation communautaire, du programme multi-menaces de Los Angeles ou de l’identité CERT américaine, tels qu’ils sont présentés par les importateurs de l’instrument. Le programme CERT a pourtant bien circulé dans le temps et l’espace. Pour élucider cette énigme, cette thèse s’emploie à démontrer que la circulation nationale et internationale d’un programme d’action publique tel que le CERT a été rendue possible grâce à une pratique qui, tout comme celles associées au « prisme circulatoire » (diffusion, institutionnalisation, apprentissage, transfert, traduction), façonne les pratiques ordinaires des acteurs : la fictionnalisation. Profondément enracinées dans des intrigues suppositionnelles à propos de ce qui est méconnu de l’instrument étranger, ces références sont des fictions (non conçues comme telles) qui, tout en répondant à des contraintes et enjeux locaux, servent de points d’appui relationnels par rapport auxquels les acteurs construisent et saisissent le programme CERT.
La démonstration couvre trois périodes historiques. La première porte sur l’élaboration et la mise en œuvre du programme CERT à Los Angeles, à partir d’expériences japonaises et mexicaines en gestion des urgences et des catastrophes (1985-1990). Façonnées à l’aune des savoir-faire californiens, les fictions des « programmes de préparation japonais » et de l’« expérience mexicaine en réponse communautaire » aux séismes jouent un rôle central dans l’émergence du programme au sein du LAFD et dans l’engagement de ce service à assurer la formation des populations. La deuxième porte sur l’adoption du programme par la FEMA américaine et sa transformation en instrument fédéral (1990-2010). Durant cette période, la fiction d’un « programme multi-menaces provenant de Los Angeles » est la pierre angulaire de l’adoption de l’instrument par d’autres États américains, contribuant à la survie de la FEMA face aux mutations du champ de la sécurité intérieure de l’après-guerre froide. Au cours de la troisième période, les acteurs de l’ONEMI chilien sont parvenus à faire du programme un instrument de « gestion des identités » après la catastrophe de Maule en 2010, alignant la pratique chilienne sur le cadre normatif du Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe et restaurant les liens avec les populations locales (2010-2020). L’élaboration d’une « identité CERT chilienne » à partir de la fiction d’une « identité CERT américaine » a joué un rôle clé dans l’adoption de l’instrument.
La fictionnalisation n’est pas une simple vue de l’esprit, mais une pratique rationnelle, consciente ou non, essentielle à la construction et à la légitimation d’instruments d’action publique, en particulier lorsqu’ils sont perçus comme l’adaptation de dispositifs créés ailleurs. Loin d’invalider le « prisme circulatoire », la fiction doit être envisagée comme une nouvelle focale de ce prisme, dotée d’un programme de recherche spécifique et s’appuyant sur un dispositif méthodologique propre aux sciences sociales. Ainsi, inscrite dans une sociologie politique de l’international, cette thèse éclaire les processus fragmentaires et fragmentés de circulations intra- et internationale, échappant aux logiques totalisantes.
Mots clés : Sociologie politique de l’international, circulation de savoirs et de pratiques, fiction et fictionnalisation, instrument d’action publique, risques et catastrophes.
François Guillaume Giroux soutiendra sa thèse de doctorat
Lundi 28 Avril 2025 à 14h
Centre Broca, 21 rue Broca, 75005 Paris, salle A701.
Diviser le travail pour régner ? Ethnographie des discussions politiques dans les formations musicales
Thèse sous la direction de Frédérique Matonti. Cette thèse a été financée par deux ans de contrat d’ATER à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et a été réalisée au sein de l’École Doctorale de science politique de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Le jury sera composé de :
- Éric AGRIKOLIANSKY
Professeur des universités, Université Paris-Dauphine, IRISSO – Rapporteur
- Laurent JEANPIERRE
Professeur des universités, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, CESSP – Examinateur
- Gwénaëlle MAINSANT
Chargée de recherches CNRS, Université Paris-Dauphine, IRISSO –Examinatrice
- Frédérique MATONTI
Professeure des universités, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, CESSP – Directrice de recherche
- Olivier ROUEFF
Chargé de recherches CNRS –CSU, CRESSPA, Examinateur
- Maud SIMONET
Directrice de recherches CNRS, Université Paris-Nanterre, IDHES –Rapporteure
François Guillaume GIROUX
Diviser le travail pour régner ? Ethnographie des discussions politiques dans les formations musicales.
Résumé :
Cette thèse contribue à la compréhension des rapports ordinaires au politique en plaçant la focale sur des groupes de travail mais aussi de pairs : les formations musicales. J’ai choisi d’investiguer les discussions collectives spontanées des enquêtés en interrogeant le poids de leur activité sur celles-ci. Pour ce faire, je m’appuie sur un travail ethnographique mené sur le temps long, auprès de trois formations de styles et de niveaux différents, à la fois durant leurs moments de travail et de sociabilité. La thèse montre que la division du travail qui s’opère dans les moments productifs, parce qu’elle a des effets directs sur l’organisation des moments de sociabilité, pèse sur les échanges politiques qui émergent. Les positions dans la division du travail, débordent ainsi le cadre strict de celui-ci et expliquent l’autorisation différenciée des musiciens à parler de politique, ainsi que leur façon de le faire. Les propos politiques énoncés sont alors façonnés par des logiques de travail qui structurent les discussions.
Les formations musicales sont des univers de travail hiérarchisés. Un travail quantitatif faisant l’analyse de cent clips de formations musicales depuis les années 1960 met en évidence une division du travail entre des postes et des tâches plus exposés que d’autres, polarisant les musiciens à des positions inégales. On retrouve cette hiérarchisation dans le travail des formations étudiées. Ainsi, l’analyse des répétitions montre que le travail de coordination des musiciens, alors qu’il est présenté comme partagé dans les formations musicales autogérées – c’est-à-dire sans chef, est souvent capté par une seule personne. En pesant davantage que les autres sur les partitions individuelles, ces leaders musicaux s’élèvent statutairement dans leurs formations. Leur position prééminente est justifiée par la captation de tâches de fonctionnement peu valorisées, mais qui leur permet en retour d’obtenir la coopération de leurs partenaires dans les négociations esthétiques et techniques.
Cette hiérarchisation a des effets sur les moments de sociabilité. En analysant comme du travail à la fois les moments de production et les moments de sociabilité de ces formations, cette thèse montre que les rapports sociaux qui s’y déploient sont homologiques : la division du travail dans les moments productifs s’arrime à celle de la dimension non-productive et récréative des formations. Autrement dit, les leaders musicaux, sont également les leaders de sociabilités, captant les bonnes tâches et s’arrogeant les bons rôles. À l’inverse, les membres les plus dominés dans le travail musical, se voient le plus souvent relégués aux tâches les moins valorisées dans les moments de sociabilité.
C’est donc uniquement au prix de l’analyse de ces interactions que l’on peut comprendre les dynamiques politiques collectives des groupes. Cet ancrage social explique la place prééminente de certains membres : dans ces petites formations autogérées, dans lesquelles l’amitié est souvent la base du recrutement, les leaders musicaux, également leaders de sociabilités, deviennent peu à peu des leaders politiques. Deux dynamiques les distinguent. D’abord, ils s’auto-habilitent plus que les autres à parler de politique, quand bien même ils ne sont pas les membres les plus diplômés du groupe. Ensuite, alors que la modalité d’énonciation qui domine dans ces groupes de pairs est celle des « opinions politiques à demi-jour », c’est-à-dire, prononcées avec humour pour désamorcer leur teneur conflictuelle, ces leaders parlent sérieusement de politique plus souvent que quiconque. Ces logiques différenciées d’énonciation expliquent le poids politique croissant qu’ils ont acquis. Ils contribuent ainsi à redéfinir les normes politiques du groupe, à socialiser les membres à leurs pratiques et leurs préférences, allant jusqu’à attacher leur propre respectabilité à des tendances politiques qui pouvaient être jugés irrespectables auparavant, comme l’extrême droite.
Cosme JOURNIAC soutiendra sa thèse de doctorat
Lundi 31 Mars à 14h
Université Paris I Panthéon-Sorbonne, salle Duroselle, 14 rue Cujas, 75005, Paris.
« L’engagement chinois dans les activités de paix onusiennes. Acceptabilités et transformations des pratiques. »
Thèse sous la direction de Yves BUCHET DE NEUILLY. Cette thèse est financée par l’école doctorale de science politique de l’université Paris 1.
Le jury sera composé de :
Mme Delphine ALLÈS, Professeure de science politique, Institut national des langues et civilisations orientales, CASE
Yves BUCHET DE NEUILLY, Professeur de science politique, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, CESSP – Directeur
Grégory DAHO, Maître de Conférences en science politique, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, CESSP
Mme Nathalie DUCLOS, Professeure de science politique, Université de Tours, IRJI – Rapporteure
Hugo MEIJER, Chargé de recherche au CNRS, CERI Sciences Po Paris
Florent POUPONNEAU, Professeur de science politique, Université Toulouse Capitol, IDETCOM – Rapporteur
Cosme JOURNIAC
L’engagement chinois dans les activités de paix onusiennes. Acceptabilités et transformations des pratiques.
Résumé :
Cette thèse explore la transformation de l’engagement de la République populaire de Chine (RPC) dans les opérations de maintien de la paix (OMP) des Nations unies entre 1971 et 2021. Initialement opposée à ces pratiques perçues comme des instruments impérialistes, la RPC est devenue un important contributeur, tant sur le plan financier que militaire. Ce tournant multilatéral, d’autant plus étonnant qu’il contraste avec le désengagement d’autres grandes puissances, est pour partie tributaire de dynamiques d’acceptabilité des acteurs chinois ainsi que de leurs pratiques et conceptions au sein d’un système multilatéral complexe.
En adoptant une approche relationnelle et sociologique sur le temps long, ce travail examine comment les acteurs chinois naviguent dans le secteur de la sécurité collective, façonnant et étant façonnés par ses règles et normes. La notion d’acceptabilité, envisagée comme un processus dynamique, relationnel et conflictuel, est centrale pour analyser les processus d’apprentissage, d’hybridation et de négociation qui permettent aux acteurs chinois d’intégrer, d’adapter et parfois de reconfigurer les pratiques multilatérales. En s’adaptant aux attentes et aux règles formelles et informelles des pratiques onusiennes, les représentants chinois s’assurent de leur acceptabilité auprès des autres acteurs. Ils peuvent alors amorcer des tentatives de modification des règles et pratiques en vigueur dans cet écosystème. Ce faisant, ils suscitent des résistances de la part des autres acteurs du système, remettant en question l’acceptabilité même des pratiques et conceptions chinoises. Loin d’une trajectoire linéaire, l’engagement chinois se révèle être le produit de luttes, d’ajustements et d’interactions dans un contexte en perpétuelle évolution où l’acceptabilité n’est pas simplement une question de conformité aux normes, mais aussi de gestion des attentes collectives et de maintien d’un équilibre entre influence croissante et résistance des autres acteurs.
Mobilisant des méthodes mixtes — analyses quantitatives, entretiens, observations -, cette thèse met en évidence les tensions entre l’acceptation croissante de la RPC comme acteur majeur et les résistances qu’elle suscite. Elle retrace l’intégration chinoise dans le système onusien, soulignant l’évolution progressive de ses contributions façonnées par des ajustements et apprentissages face aux transformations des contextes et aux contraintes internationales. Cette thèse analyse ensuite la diversité des pratiques des acteurs chinois sur le théâtre des opérations, sur leur territoire national et au sein des arènes décisionnelles onusiennes, révélant des interactions complexes entre logiques bureaucratiques nationales et exigences multilatérales, qui transforment à la fois les acteurs impliqués et les instruments multilatéraux eux-mêmes. Enfin, elle explore les conséquences de cet engagement accru sur les structures multilatérales, mettant en lumière une redistribution des ressources, une reconfiguration des hiérarchies onusiennes et des résistances suscitées par les pratiques chinoises dans un contexte de rééquilibrage des rapports de force internationaux. En s’éloignant des approches normatives ou stato-centrées pour étudier les dynamiques d’intégration et de contestation, elle propose une réflexion sur les modalités des transformations contemporaines des rapports de force au sein des Nations unies et du multilatéralisme.
Mots-clés : maintien de la paix, sécurité collective, négociations, République populaire de Chine, Nations unies, Conseil de sécurité, organisations internationales, sociologie politique des relations internationales.
Antoine GALLARD soutiendra sa thèse de doctorat
Lundi 24 Mars à 14h
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, dans les locaux de Panthéon (12 places du panthéon, salle 6).
‘‘Nous sommes en guerre’’. Se préparer, gérer et répondre. L’Etat face aux attentats du 13 novembre 2015 ».
Thèse sous la direction de Frédérique Matonti. Cette thèse a été financée au sein de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et du CESSP dans le cadre du Programme 13-Novembre (Contrat ANR-10-EQPX-0021) grâce à une Allocation de recherche doctorale de la Région Ile-de-France.
Le jury sera composé de :
- Laurent Bonelli (Professeur, ISP, Université Paris-Nanterre)
- Vanessa Codacionni (Professeur, CRESSPA-CSU, Université Paris 8)
- Brigitte Gaïti (Professeure, CESSP, Université Paris 1)
- Thibaud Mulier (MCF, CTAD, Université Paris-Nanterre)
- Gérôme Truc (Chargé de recherche, ISP, CNRS)
Antoine GALLARD
‘‘Nous sommes en guerre’’. Se préparer, gérer et répondre. L’Etat face aux attentats du 13 novembre 2015
Au cours de mon enquête, l’ancienne directrice de cabinet de l’Intérieur m’indique que la gestion de ces attaques se fait avec « la promptitude hallucinante de l’appareil d’Etat », voire qu’elle peut être qualifiée de « magique ». En partant de l’étude des attentats du 13 novembre 2015, cette thèse vise à observer ce que cet événement sécuritaire critique provoque au plus haut sommet de l’État ainsi qu’à analyser ce que la gestion du risque terroriste recouvre dans ses pratiques et objectifs. Pour comprendre les conditions d’émergence de cette « magie », cette thèse invite dans un premier temps à revenir sur l’évolution de la lutte contre le terrorisme et de ses enjeux. Suite aux attentats de 2001 aux États-Unis, mais aussi ceux de 2004 en Espagne et de 2005 à Londres, la menace terroriste est en France de plus en plus cadrée comme un risque à la fois imprévisible mais inévitable qui invite à renforcer les dispositifs de gestion de crise. Ainsi, la gestion du risque terroriste, depuis lors adossée à des organisations spécifiques comme le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, ainsi qu’à des pratiques de gestion de crise enseignées notamment au sein des cabinets ministériels (scénarios, exercices, formations) ou des instruments de politiques publiques dédiés (dispositif VIGIPIRATE, plans de gestion), fait émerger la préparation et la gestion de crise comme une pratique à part entière de l’exercice du pouvoir. Aussi, cette gestion du risque du risque terroriste, cette préparation à la crise à venir fait émerger une nouvelle conception de la sécurité. Désormais, la sécurité est un enjeu pour l’ensemble de la population et consiste à se préparer, être « résilient » et à participer à l’anticipation d’une attaque terroriste, de manière quotidienne, au sein d’une société cadrée comme vulnérable, à risque. Les attentats du 13 novembre 2015 contribuent à une mise à l’épreuve de cette préparation et invitent à observer la place du pouvoir politique vis-à-vis de sa fonction régalienne centrale : assurer la sécurité de la Nation. Cette deuxième partie de thèse consiste donc, à travers des entretiens, des ressources primaires (archives, revue de presse et médiatique, débats parlementaires) et secondaires (ouvrages politiques), à analyser le rôle et le fonctionnement du pouvoir politique face à une situation sécuritaire critique. On observe d’abord le pouvoir réduit du politique face à une attaque terroriste dont il devient avant tout le témoin dans la nuit du vendredi 13 novembre. Son rôle est, au sein des structures de gestion de crise, réduit pour l’essentiel à « donner le feu vert » du déploiement de plans opérationnels (plan Blanc) ou de procédures de sécurité (intervention dans le Bataclan, déploiement de SENTINELLE). Cette posture de témoin du politique permet de souligner la division du travail de gestion de crise issue de sa bureaucratisation et la dimension collective des décisions dans les attaques. Dans un second temps, une fois les attaques passées, face aux contraintes qui résultent des attentats comme les dégâts (nombre de morts, de blessés), les incertitudes (nouvelles attaques dans les prochains jours ? tenue de la COP21, des élections régionales ?) ou encore les critiques émanant de divers espaces sociaux (artistiques, académique, politiques), les leaders politiques regagnent accès à la fabrique de la décision qu’ils orientent alors selon des intérêts politiques (vouloir le consensus entre les partis, éviter la remise en cause du gouvernement, mobiliser en vue des élections régionales de décembre 2015). Plus précisément, le Président trouve dans les contraintes des attentats, les ressources nécessaires pour renforcer ses pratiques. Il investit le rôle de chef de guerre constitutif du président de la Vème, en déployant le conseil de défense et de sécurité nationale bénéfique à son leadership et à la concentration de son pouvoir, et apparaît comme le metteur en scène de la dramaturgie de ces évènements nécessaire à la mobilisation populaire et à sa résilience. Ainsi, l’étude des attentats du 13 novembre et de la dimension politique de la gestion de crise invite à observer comment cet exercice du pouvoir participe à la fois à (re)légitimer et renforcer la présidentialisation du régime de la Vème mais, dans le même temps, à exposer la fragilité de l’homme providentiel. Celui vers qui tout le monde se tourne durant ces crises sécuritaires est, jusqu’à l’abandon de la procédure de révision constitutionnelle en mars 2016 et l’inscription notamment de la déchéance de nationalité, celui qui catalyse l’échec du pouvoir à trouver les réponses face au problème terroriste, celui qui catalyse l’échec d’assurer la « Défense » comme « première raison d’être de l’Etat ». Pouvoirs et rapports de domination – CESSP
Robin QUILLIVIC soutiendra sa thèse de doctorat
Vendredi 20 décembre 2024 à 14h
à l’Institut des Systèmes complexes, 113 rue Nationale, 75013 Paris, (salle 1.1.)
« Construction de profils psycholinguistiques pour le Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT) à l’aide du Traitement Automatique du Langage Naturel (TALN) »
Thèse sous la direction de Salma Mesmoudi, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, directrice de thèse et Jacques Dayan, U1077 NIMH, Université de Caen Normandie, co-directeur.
Le jury sera composé de :
- Pr. Louis Jehel, CHU Amiens-Picardie, Rapporteur
- Pr. Lina F. SOUALMIA, Université de Rouen – LITIS, UR 4108, Rapporteuse
- Dr. Yann AUXÉMÉRY; Université de Lorraine – INSPIIRE, UMR 1319; Examinateur
- Pr. Thierry BAUBET; AP-HP – Université Paris 13, Examinateur
- Pr. Chloé CLAVEL; Télécom Paris – LTCI, UMR 5141, Examinatrice
- Pr. Frédérique GAYRAUD; Université de Lyon 2 – DDL, UMR 5596; Examinatrice
- Dr. Aurélie Névéol; LISN UMR 9015; Invitée
- Dr. Jean-philippe Cointet; Science Po médialab; Invité
Robin QUILLIVIC
« Construction de profils psycholinguistiques pour le Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT) à l’aide du Traitement Automatique du Langage Naturel (TALN) »
Ce projet de recherche, soutenu par le programme 13-Novembre et la région île de France, s’intéresse au lien entre le langage et le Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT). Caractériser ce lien pourrait permettre de faire du langage un marqueur de suivi et d’aide au diagnostic en clinique psychiatrique. Cela pourrait avoir un impact significatif sur la prise en charge, le traitement et le suivi des patients atteints de TSPT. Notamment, cela faciliterait une meilleure priorisation des personnes traumatisées lors d’événements de grande envergure tels que des attentats, une épidémie ou une catastrophe naturelle, lorsque la demande de soins psychiatriques dépasse largement l’offre.
En s’appuyant sur les avancées récentes en Traitement Automatique du Langage Naturel (TALN) et sur l’exceptionnelle richesse du corpus de témoignages recueillis lors des phases 1 (2016) et 2 (2018) du programme 13-Novembre, nous proposons de construire et d’interpréter des modèles de classification de textes supervisés permettant de mieux décrire et comprendre le TSPT.
Cette thèse présente une analyse exhaustive de la littérature concernant le rôle du langage comme indicateur du TSPT, en examinant 58 articles en anglais et en français. Elle propose ensuite une étude de cas sur les données de la phase 1 (2016) du programme 13-Novembre. Il s’agit d’une étude exploratoire visant à identifier les marqueurs linguistiques les plus associés au TSPT. L’originalité de cette étude réside dans sa méthode, qui se veut exhaustive quant aux marqueurs linguistiques étudiés, tout en faisant preuve de rigueur et de diversité dans les outils statistiques employés.
Par la suite, la thèse vérifie la capacité de généralisation des marqueurs identifiés sur les données de la phase 2 ainsi que sur un autre corpus de témoignages (Hommes Auteurs de Violence). Enfin, les travaux se focalisent sur des phénomènes spécifiques tels que l’analyse de l’évitement dans les textes et la désorganisation du discours. Pour l’évitement, nous avons proposé une approche qualitative basée sur l’analyse des figures de style. En ce qui concerne la désorganisation du discours, nous avons développé une approche à partir de données synthétiques pour évaluer la capacité des méthodes de TALN à détecter ce phénomène dans les textes. Ces dernières contributions dépassent le cas d’application au TSPT et s’inscrivent dans un contexte plus large, celui de la détection des troubles de la pensée (“Thought Disorder”).
Ce projet s’inscrit dans une littérature déjà riche mais se distingue par son approche transdisciplinaire et la qualité des données utilisées.
Raphaël Perrin soutiendra sa thèse de doctorat en sociologie
Mercredi 11 décembre 2024 à 14h
(59-61 Rue Pouchet, Paris, 17e arrondissement),
en salle de conférence (première salle à gauche au rez-de-chaussée)
« Les médecins et l’avortement. Sociologie de la domination
médicale».
Le jury sera composé de :
- Anne-Marie Arborio, maîtresse de conférences, Université Aix-Marseille
- Nathalie Bajos, directrice de recherche, EHESS et INSERM
Laure Bereni, directrice de recherche, CNRS (rapportrice) - Maud Gelly, sociologue, CRESPPA-CSU (directrice)
Emmanuel Henry, professeur des universités, Université Paris-Dauphine (rapporteur) - Anne Paillet, professeure des universités, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (directrice)
Raphaël Perrin
« Les médecins et l’avortement. Sociologie de la domination médicale »
Comment une jeune médecin de centre d’IVG en arrive à imposer un examen gynécologique à une femme malgré ses protestations ? À prétendre que l’avortement peut causer l’infertilité pour la convaincre d’accepter une contraception ? Elle a appris, au cours de ses études, à être médecin, c’est-à-dire non seulement à ausculter et à opérer, mais aussi à occuper une position de pouvoir. Au croisement d’une sociologie structurale du travail et d’une sociologie de la domination, à partir de l’étude de la prise en charge de l’avortement, cette thèse propose d’analyser empiriquement et conceptuellement la domination médicale, ses formes concrètes, sa banalisation, sa reproduction et ses transformations. Elle s’appuie sur une enquête combinant six mois d’observation comparative du travail médical dans trois centres d’IVG, des entretiens menés auprès de 133 professionnel·les de santé et l’analyse secondaire des données statistiques du volet « Médecins » de l’enquête Fécond (INSERM-INED).
Cette recherche retrace la genèse de l’espace professionnel de l’avortement après la loi Veil, l’évolution des (in)dispositions et des prises de position des médecins qui le composent, et les luttes professionnelles dont la délégation du travail et la revendication de l’expertise en matière d’avortement font l’objet. En particulier, elle détaille les trajectoires sociales des « avorteurs » et « avorteuses », médecins militant·es – pour certain·es – qui se spécialisent dans le travail d’avortement. Elle ouvre la boîte noire des inégalités liées au recours à l’avortement en montrant comment le travail médical participe à les produire : l’accès à l’avortement, mais aussi la qualité des soins prodigués, varient considérablement selon les médecins, les services dans lesquels les femmes font leur demande et la position qu’elles occupent dans les rapports de classe, de race, de genre et d’âge. L’enquête montre les logiques pratiques du travail médical et les enjeux professionnels qui expliquent le maintien de parcours longs et complexes malgré l’assouplissement du dispositif légal d’encadrement de l’IVG depuis une cinquantaine d’années, et elle détaille les pratiques individuelles et collectives par lesquelles les médecins contrôlent les modalités des soins alors que la loi les place pourtant dans une position de prestataires de services. En définitive, cette thèse éclaire les socialisations médicales sous un nouvel angle, celui de l’intériorisation de positions dans un rapport de domination, c’est-à-dire, pour les médecins, de manières d’exercer le pouvoir et de s’y sentir légitimes, et, pour les profanes, de dispositions à s’y soumettre.
Charlotte Thomas-Hébert soutiendra sa thèse en français
Mardi 10 décembre 2024 à 15h
Université Paris1 Panthéon- Sorbonne 75005 Paris.
« Performing Disobedience: Engaging Power by Risking
Arrest (New York, 2001-2020) ».
Le jury sera composé de
- Candice Delmas, Associate Professor, Northeastern University (Examinatrice)
- Laurence Gervais, Professeure, Université Paris Nanterre, CREA (Rapportrice)
- Bernard Harcourt, Directeur d’études, EHESS, Professeur, Columbia University (Rapporteur)
- Fabien Jobard, Directeur de recherche, CESDIP (Examinateur)
- Cornelia Möser, Chargée de recherche HDR, Cresppa-GTM (Examinatrice)
- Isabelle Sommier, Professeure, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, CESSP (Directrice de thèse)
- Antoine Vauchez, Directeur de recherche, CESSP (Examinateur)
Charlotte Thomas-Hébert
« Performing Disobedience: Engaging Power by Risking Arrest (New York, 2001-2020) ».
Cette thèse porte sur l’action politique, la déviance et le pouvoir, et interroge la manière dont les dispositifs sécuritaires contemporains façonnent la pratique de la désobéissance civile et de l’action directe non-violente. Prenant comme étude de cas les militant·es newyorkais·es « de gauche », elle montre comment certaines populations, communautés, comportements et idées sont non seulement étiquetées et produites comme déviant·es, mais sont aussi hiérarchisé·es par la police, la justice et la loi. Ainsi se dévoile un certain paradoxe : les dispositifs sécuritaires contemporains « normalisent » de manière sélective certain·es déviant·es aux dépens d’autres.
Cette recherche se concentre sur les groupes et individus qui s’engagent de manière récurrente dans une pratique politique radicale et non-institutionnelle qui consiste à « risquer l’arrestation ». Cette conceptualisation non normative proposée dans la thèse, et qui fait l’objet de son propre chapitre, permet de contourner les conflits théoriques et empiriques actuels autour des notions de désobéissance civile et d’action directe nonviolente. Ces activistes sont capables de régulièrement risquer l’arrestation car il existe, à New York, un écosystème particulièrement stable : tant qu’illes ne dérogent pas à certaines règles de comportement et restent percu·es comme légitimes par les autorités, illes peuvent risquer puis cumuler des dizaines d’arrestations, jusqu’à construire des carrières désobéissantes sur plusieurs décennies.
Ainsi, les dispositifs sécuritaires contemporains engendrent un type d’activisme à haut risque et coût, seulement ouvert de manière régulière et habituelle à certaines catégories de militant·es. Cette pratique est façonnée par la citoyenneté, la race, l’âge, le genre, la sexualité et la classe sociale, puisque s’y engagent principalement des citoyen·nes étatsunien·nes blanches, quinquagénaires et plus, des femmes cisgenres ainsi que des minorités sexuelles et de genre, issues des classes moyennes et supérieures. Ces personnes sont « lisibles », c’est-à-dire étiquetées comme « respectables » et « non-menaçantes » par les autorités. Leur sociographie, ainsi que le type de maintien de l’ordre qui leur est appliqué, se distinguent des groupes et individus qui risquent l’arrestation de manière irrégulière, notamment lors d’évènements protestataires tels que Black Lives Matter ou Occupy Wall Street.