Centre européen de sociologie et de science politique

Pouvoirs et rapports de domination

Responsables : Delphine Dulong et Anne Catherine Wagner

Les travaux menés au sein de l’axe « pouvoirs et rapports de domination» interrogent les manières dont les socialisations primaires, les expériences scolaires et professionnelles ainsi que les appartenances institutionnelles façonnent les dispositions et distribuent inégalement des capitaux qui, mobilisés dans certains espaces sociaux, légitiment des formes de domination.

Ils articulent l’analyse des mécanismes de domination avec celle des institutions dans des approches différentes mais complémentaires. Elles mettent enjeu des échelles différentes : des approches macro-sociologiques, quand il est question du champ du pouvoir, du champ politique, du champ bureaucratique, des entreprises coopératives, etc. ; méso­ sociologiques lorsqu’il s’agit de s’intéresser à des groupes socioprofessionnels, aux formes de l’ancrage politique ou à l’élaboration et déploiement des politiques publiques; micro-sociologiques à propos des trajectoires et carrières militantes, des familles et de la petite enfance ou encore des rôles politiques. Les travaux conduits au sein de l’axe analysent de manière symétrique les groupes dominants (comme les élites économiques, politiques et culturelles) et dominés (les femmes en politique, les trans, les agents de nettoyage, les sans-abris, etc.).

Le CESSP conduit ainsi depuis plusieurs années une réflexion globale sur les recompositions contemporaines de l’État et du gouvernement – ici entendu comme le processus impliquant l’ensemble des activités, institutions et dispositifs qui tendent à maintenir ou à modifier l’ordre social dans un groupement ou une société politique. Ces recompositions sont appréhendées tant sous l’angle de la sociologie des élites politiques et administratives (cf. l’enquête collective « Sociologie politique du gouvernement »  ou ceux menés sur le champ du pouvoir) que sur le plan des pratiques et des politiques publiques. L’uen des question centrale de ces recherches porte sur l’articulation privé/public.

La sociologie de l’engagement et du métier politique est une autre tradition de recherche du CESSP. Aux travaux pionniers sur le métier politique, se sont dernièrement ajoutés des réflexions sur le rapport des élus au territoire, sur la radicalité politique ou encore sur les utopies réelles.

Une des inflexions des recherches menées au sein de l’axe tient dans la place croissante qu’y occupent les recherches sur le genre, et plus précisément dans la manière dont elles conduisent à repenser la structure de l’espace social. Cette évolution est liée notamment au recrutement de plusieurs chercheurs et chercheuses spécialisés sur ces thématiques ou qui les intègrent dans leurs travaux (Emmanuel Beaubatie, Camille Masclet, Anne Paillet, Yohan Selponi) ainsi qu’aux thèses dirigées au sein du laboratoire.

L’ERC Gendhi, dirigée au CESSP par Muriel Darmon, mobilise plusieurs chercheurs du laboratoire et se poursuivra jusqu’en 2027. Il analyse les inégalités sociales (notamment de classe et de genre) sous le prisme des inégalités de santé, en travaillant notamment sur les questions de socialisation à la santé dans les familles, sur l’espace social de la santé juvénile, sur les inégalités sociales dans la prévention et la prise en charge du cancer colorectal, et sur le Covid long. La place de la famille dans la reproduction de l’ordre social fait l’objet de plusieurs programmes de recherche. Le programme ANR (2022-2026), « SoGenre », dirigé par Olivia Samuel, qui réunit des collègues sociologues et démographes de trois laboratoires, le CESSP, le Cresppa et le Printemps est coordonné au CESSP par Anne Paillet qui le mène en lien étroit avec l’ERC Gendhi. À partir de l’enquête statistique nationale Elfe qui suit par questionnaires 18000 familles dont un enfant est né en 2011, et une enquête longitudinale complémentaire réalisée par entretiens, il s’agit d’explorer la prime socialisation de classe et de genre au sein des univers familiaux.

Parallèlement à ces travaux sur la famille, des recherches explorent la place des institutions scolaires et universitaires dans ces mécanismes de reproduction des inégalités sociales.

Depuis 2024,  une recherche collective réunit une partie des membres de l’axe autour d’une réflexion sur les effets sociaux de Parcoursup. Si des recherches sur ces réformes sont déjà engagées dans d’autres centres, en particulier en sociologie de l’éducation, celles-ci appréhendent essentiellement les effets des réformes au travers des élèves et de leur famille. L’originalité du projet du CESSP réside dans son approche macro sociologique. Il s’agit en effet d’interroger aussi les effets de ces réformes sur les institutions chargées de les mettre en œuvre et sur la structure de l’espace de reproduction sociale. Comment s’adaptent les lycées dans un contexte de forte incertitude ? Quelles stratégies développent les universités, les grandes écoles, les établissements privés ? Au sein de ces mêmes institutions, comment sont affectés les agents et les disciplines ? Comment ces réformes refigurent-elles le champ des institutions d’enseignement secondaires et supérieures? L’enquête collective est aussi pensée comme une formation par la recherche avec l’association d’étudiants de Master de sciences politique et du M2 CEES.

Plusieurs ateliers de travail sont organisés : des ateliers « lecture d’articles en cours d’écriture» au cours desquels des membres de l ‘axe, doctorants ou titulaires, proposent à la discussion collective un article dont ils achèvent la rédaction ; des ateliers théoriques sur la notion de « domination » , qui visent à réfléchir sur la manière dont cette notion se trouve définie et mise à l’épreuve de nos terrains d’enquête, atelier « Parcoursup ». . Les activités de l’année 2025-26 se sont recentrées sur l’écriture en cours de l’ouvrage collectif restituant les résultats de la recherche sur les modalités d’entrée dans l’enseignement supérieur.

Atelier « Usages du concept de domination »

Organisé par Delphine Dulong et Anne Catherine Wagner

L’atelier a lieu (environ) une fois par mois. Des chercheurs ou doctorants viennent parler de l’usage qu’ils font du concept de domination.