Centre européen de sociologie et de science politique

Dossier de la revue Images du travail / Travail des images, septembre 2026.

Co-dirigé par Jérôme Lamy et Jean-François Bert

Les images savantes ont fait l’objet de nombreuses études en sociologie et en histoire des sciences. En revanche, les images des savants au travail ont été peu analysées. Qu’il s’agisse de portraits, de peintures, de sculptures, de photographies, de films, d’effigies, ou encore d’images populaires, comme les timbres ou les billets de banque, ces images de savants ont ceci de particulier qu’elles reconstruisent le travail savant en mettant en avant certaines de ses tensions essentielles (e.g. entre les collectifs et les tropes du génie), ses mythologies (e.g. le travail sur le terrain vs. le travail en laboratoire), les forces politiques qui l’animent (e.g. les luttes des scientifiques et leur médiatisation), les hiérarchies à partir desquelles ils s’organisent (e.g. les effets du genre, la place des technicien∙ne∙s, des assistant∙e∙s, et des « petites » mains, ou encore, et à un tout autre niveau, le recours de plus en plus marqué aux instruments.

Les nombreux allant-de-soi visuels de la science que ce numéro de ITTI cherche à saisir s’expliquent cependant par une prise en compte des soubassements sociaux, culturels, politiques et scientifiques qui se cachent derrière la diversité des grammaires visuelles utilisées pour représenter ce travail. Ce dossier qui accueille des travaux d’historien∙ne∙s, de sociologues, d’anthropologues fait fond sur le profond renouvellement des manières de considérer ce type de représentations. Les études visuelles mais aussi les pratiques de l’anthropologie des images  permettent désormais de se déprendre des conceptions traditionnelles du rapport stylisé aux êtres et aux choses saisis dans leurs formes dédoublées par l’image. En tenant compte des épaisseurs matérielles, des agentivités entre celles et ceux qui regardent et ce qui est représenté, ou bien encore des pluralités d’impression, voire des équivoques qui naissent de l’auscultation des représentations, il est possible de se tenir à une juste distance de certaines fausses conceptions qui voient encore dans ces représentations de savants au travail une sorte de schème universel d’identification au savoir ou la connaissance. La variété des terrains explorés ici le prouve : les façons de dire le labeur savant s’expriment depuis les catégories d’appréhension propres à chaque époque et à chaque médium.  

Sommaire :

Jean-François Bert, Jérôme Lamy, « Introduction. Représenter les savants au travail »

Grégoire Binois, Geoffrey Phelippot, « L’image du cartographe. Iconographie d’une activité professionnelle en France (XVIe – XVIIIe siècle).

Jean-François Bert, « Le corps de l’écrivain assis à sa table : la position moderne de la pensée ? ». 

Isabelle Laboulais, « L’institution au travail : photographier les scientifiques de l’École des mines aux XIXe et XXe siècles ».

Elisa Dupuis, Rachel Prat, « Le scientifique de terrain entre masques et visages. Fabrique visuelle d’une catégorie dans les missions polaires françaises ».

Jérôme Lamy, « Le double écran. Les tableaux muraux des scientifiques dans les films de fiction (1997-2023) ».

Nicolas Bourmeyster, « Quand les savants font des bulles : entre fantasme et stéréotype ».

Marc Perrenoud, « Scientifiques de sitcom : la représentation du travail des protagonistes dans The Big Bang Theory ».

Alexis Aulagnier, Antoine Hardy, « Donner vies à la science ? Ce que le biopic fait à la représentation du travail scientifique ».

Camille Blachère, « Les enjeux de la mise en image des pratiques astronomiques en contexte expéditionnaire : analyse comparative des expéditions d’observation des passages de Vénus au XVIIIe siècle et au XIXe siècle ».