Responsables: Guillaume Mouralis, Arnaud Saint-Martin et Gisèle Sapiro
Sociologie historique des sciences et des techniques
La diversification des recherches menées au CESSP sur la sociologie des sciences a conduit à un élargissement de la perspective au-delà des sciences humaines et sociales et des disciplines médicales vers les sciences de la nature, les techniques, les savoirs experts et les politiques de recherche. Le principal lieu de rencontres et de discussions dans ce domaine sera le séminaire « Sciences sociales des sciences et des techniques », animé par Thibaud Boncourt, Antoine Hardy et Jérôme Lamy à l’EHESS, qui propose une réflexion interdisciplinaire (sociologie, science politique, anthropologie, histoire, science studies) autour du défi intellectuel consistant à intégrer théoriquement et empiriquement l’analyse des savoirs savants et celle des techniques. Les activités du séminaire et les recherches qui y sont présentées sont relayées, diffusées et commentées par l’intermédiaire de la revue Zilsel, créée en 2016 aux éditions du Croquant, et codirigée par Jérôme Lamy et Arnaud Saint-Martin.
L’étude des disciplines constitue l’un des thèmes privilégiés des enquêtes menées au sein de l’axe. Pôle de stabilité des modalités concrètes de la recherche, la discipline n’en connaît pas moins des mutations contemporaines profondes qu’il s’agit de documenter. Les travaux engagés par Jérôme Lamy sur les disciplines interstitielles (comme la sociologie historique ou l’anthropologique historique) rejoignent les travaux doctoraux en cours de Tangi Audinet (sur l’émergence des sciences sociales de la conscience) et de Stéphy Le Foll (sur la configuration de la robotique comme science composite de l’ingénieur). Ce chantier recoupe les préoccupations actuelles sur les potentialités heuristiques des déplacements (de concepts, de méthodes, d’instruments, de connaissances) entre disciplines. De ce point de vue, une série d’analyses sont en cours sur la place des artefacts dans l’ancrage heuristique des disciplines.
Le domaine des activités spatiales et de l’astronomie constitue un terrain d’enquêtes particulièrement exploité au sein de l’axe. Les recherches d’Arnaud Saint-Martin sur le NewSpace et la configuration de l’astrocapitalisme permettent de relier les questions classiques de la sociologie des sciences et des techniques aux problématiques de la science politique (gouvernance des institutions de portée régalienne) et à celle de la sociologie économique. Les enquêtes (menées en commun par Jérôme Lamy et Arnaud Saint-Martin) sur le programme européen d’observation de la Terre Copernicus se situent précisément à la croisée de ces interrogations. De même, la reconstitution d’une histoire populaire de l’astronomie fait jouer les attentes politiques, militantes et économiques dans l’appréhension large d’une pratique scientifique vulgarisée.
Pour interroger le concret des manières de faire science, une série de travaux portant sur la matérialité des savoirs constitue une ligne de force de l’axe. L’enjeu (notamment dans des enquêtes coordonnées par Jérôme Lamy et Jean-François Bert) est d’intégrer dans l’analyse toutes les déterminations matérielles (souvent négligées ou oubliées) qui informent les conduites de recherche. L’analyse des pratiques scripturaires (outils de papier) ainsi que l’étude des engagements somatiques dans le travail scientifique constituent les points forts de cette perspective. La collection « Heuristiques » aux éditions Schawbe (basée à Bâle), co-dirigée par Jean-François Bert et Jérôme Lamy, accueille un certain nombre de résultats de ce programme d’enquêtes.
Sociologie des biens culturels et intellectuels
Les recherches sur les conditions de la production et de la circulation des biens culturels sont menées dans une perspective comparative à la fois entre pays et entre formes d’expression (littérature, cinéma, arts plastiques, musique) ou disciplines intellectuelles (sciences humaines et sociales). On s’intéresse non seulement aux producteurices de ces biens, à leurs trajectoires (y compris migratoires) et aux conditions d’exercice de leur métier, mais aussi aux intermédiaires culturels (éditeurs, galeries, agences littéraires, traducteurices) et aux médiateurices (critiques, institutions culturelles telles que les musées ou les festivals de cinéma ou de littérature). Leur travail de production et d’intermédiation est inscrit dans les contraintes politiques (censure, politiques d’aide) et économiques (entre rationalisation et mondialisation) qui les conditionnent, qu’il s’agisse de régimes autoritaires (URSS) ou illibéraux (Turquie, Iran), ou de démocraties libérales (France, Etats-Unis, Corée du sud, etc.). Les conditions de circulation interculturelle des œuvres (voir par exemple l’atelier Politika « Politiques de la traduction »), les modalités de transnationalisation des différents champs de production culturelle, et la formation de champs transnationaux, constituent autant de problématiques transversales du sous-axe. La question des spoliations et des pratiques culturelles de réparation est également abordée. L’approche développée dans cet axe est représentée notamment dans la collection « Culture & Société » (CNRS Editions).
Coordonné par Gisèle Sapiro, ce sous-axe compte notamment Julien Duval, Alirefza Ghafouri, Alihan Mestci, Elsie Cohen, Vera Guseynova, Eunyoung Won, Daria Petushkova, Inès Liotard, Agathe Charbonneau, Antonin Place. Il est constamment enrichi par des échanges avec les chercheures et doctorantes invitées de différentes régions du monde (Norvège, Danemark, Brésil, Turquie…).
Sociologie des intellectuels
En lien avec le réseau thématique « Sociologie des intellectuels et de l’expertise. Savoirs et pouvoirs », dont des membres du CESSP sont fondateurs et qu’ils contribuent à animer, des travaux sont menés sur la position des intellectuels dans l’espace social, les formes différenciées de leurs engagements et interventions dans le monde social, les supports et les espaces de production et de diffusion des produits intellectuels. Sont notamment abordés, en particulier : la formation de champs intellectuels transnationaux ; les engagements et les modes d’intervention des intellectuels dans l’espace public ; les processus de radicalisation des intellectuels dans certaines conjonctures (guerre, situation coloniale, conflictualité sociale et politique). Sur cette dernière problématique, une collaboration avec le projet « Words and Violence » mené à l’Université du Nord (Norvège) permet d’étoffer les perspectives comparatives. A la suite de la coopération avec NYU sur le thème « Crossroads to intellectual history », qui a donné lieu au Routledge Handbook of the History and Sociology of Ideas, ce sous-axe promeut une sociologie historique des concepts et des idées, inscrite dans les conditions de leur production et circulation (ce qui le relie au sous-axe précédent).
Cette approche s’incarne notamment dans une histoire sociale des sciences humaines et sociales développée au CESSP, dans la continuité du projet européen Interco-SSH, dont sont issues la collection « Sociohistorical studies of the social and human sciences » et l’ouvrage collectif Ideas on the move. Le Dictionnaire international Bourdieu incarne cette approche.
Coordonné par Gisèle Sapiro, cet axe inclut Johan Heilbron, Frédérique Matonti, Valentin Behr, Alihan Mestci, Inès Liotard, Elsie Cohen, et, parmi les professeurs invités, Kjetil Jakobson (Université du Nord, Norvège) et Torben Jelsbak (Université de Copenhague).
Sociologie de la mémoire et des opinions
Le programme 13-novembre développé par Denis Peschanski en collaboration avec des collègues historiens, sociologues, neurologues, spécialistes des médias et du langage, etc., poursuivra ses recherches sur la formation de la mémoire individuelle et collective à propos des attentats du 13 novembre et son évolution au cours du temps (éventuelles distorsions, persistance ou résorption du traumatisme) à partir d’une série de mille entretiens (qui sera plusieurs fois renouvelée dans les années à venir), des récits auxquels ces attentats ont donné lieu (presse, réseaux sociaux, etc.) et d’enquêtes d’opinion. L’un des enjeux à venir est de mieux intégrer cette recherche au projet scientifique du CESSP, à travers le dialogue avec d’autres travaux au sein du laboratoire abordant les questions mémorielles (mémoire et histoire du communisme notamment, mais aussi des guerres, des événements de violence et des conflits) ou plus généralement celle de la production des opinions et des croyances. Les travaux dans ce dernier domaine continueront à porter sur le journalisme et les médias (réception des discours politiques, transformations actuelles de la demande d’information des différentes catégories de public) et sur les dispositifs participatifs (nouvelles expérimentations démocratiques, relations entre les mondes savants, de l’expertise et des praticiens de l’action publique).