Thèse
L’abstention électorale sous la IIIe République : itinéraire d’un acte politique disqualifié.
Sous la direction de Laurent Jeanpierre et Yves Déloye
Résumé : L’abstention appartient à ces faits sociaux faussement familiers : omniprésente, elle semble aller de soi, alors même qu’elle demeure traversée d’énigmes jamais tout à fait dissipées. La plus tenace, certainement, concerne son caractère politique. La science politique s’est surtout intéressée à ce phénomène par la statistique électorale. Ce travail choisit une voie différente, dans le sillage de l’histoire conceptuelle du politique et de l’histoire sociale des idées politiques : il s’agit d’étudier l’abstention comme une pratique historiquement située, dont le sens n’a cessé d’être disputé et redéfini au fil des régimes politiques. Retracer cette histoire conceptuelle ne consiste donc pas seulement à suivre les variations de sens d’un mot, mais à mettre au jour les conceptions concurrentes de la participation politique qui s’y affrontent, ainsi que les frontières mouvantes entre les gestes tenus pour légitimes et ceux qui sont, au contraire, disqualifiés. Cette démarche conduit à s’intéresser aussi bien aux réflexions théoriques de penseurs comme Maistre, Fiévée ou Proudhon qu’aux pratiques concrètes d’abstention portées, par exemple, par les comités électoraux : dans les deux cas, il s’agit de saisir des manières de déplacer, de redéfinir ou de mettre à l’épreuve le rapport au vote.
En reconstituant cette histoire, la thèse montre comment l’abstention — longtemps revendiquée comme un geste politique à part entière — a été progressivement disqualifiée, au terme d’un processus conflictuel de construction sociale des normes de participation, jusqu’à imposer l’idée aujourd’hui si évidente que voter relèverait d’un devoir civique et moral indépassable, et que s’abstenir constituerait le geste de l’indifférence.
Activités scientifiques
Communications :
- « Combattre l’abstention par le droit ? Les juristes et les réformes électorales en France sous la IIIe République ». Journée d’étude de l’Association Française de Sociologie « Travail intellectuel et transformation de l’État », SciencePo (Paris), 20 novembre 2026
- « Quand l’abstention électorale (dé)fait la démocratie : l’ambivalence du non-vote sous la IIIe République ». 17ème colloque du Comité Franco-Allemand des historiens. (Dé)faire la démocratie. Pratiques de la participation et de la contestation (XIXe-XXe siècles), Munich, 5-7 novembre 2025.
- « Les comités électoraux et la légitimation des comportements abstentionnistes sous la IIIe République ». Colloque Récuser l’élection, contester les élections. Vers une délégitimation de la procédure électorale ? (RECEL), Lille, 12 et 13 juin 2025.
Enseignements
2026-2027 (90h) :
- Sociologie des organisations politiques (Licence 2)
- Atelier environnement et territoires (Licence 3 )
2025-2026 (56h)
- Atelier environnement et territoires (Licence 3 science politique/droit)
- Engagement et participation (Licence 3 science politique/droit)
- Tutorat
2024-2025 (66h)
- Enquête sociologique (Licence 3 économie)
- Introduction à la science politique (Licence 1 droit)
Formation
- 2023-2026. Doctorant contractuel Science politique. Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Intitulé provisoire : « La (dé)politisation de l’abstention sous la IIIe République : une mise à l’épreuve du processus d’institutionnalisation du vote ». Sous la direction de Laurent Jeanpierre et Yves Déloye.
- 2022-2023. Master 2 Science politique – Parcours Enquêtes, études, expertise – Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Mémoire de recherche : « La politisation de l’abstention sous la République « modérée », p. 151 (Mention TB). Sous la direction de Laurent Jeanpierre.
- 2020-2022. Master 1 et Master 2 Histoire politique. Sorbonne Université Mémoire : « La voix des paysans lors de l’élection présidentielle de 1848 », p. 221. Sous la direction d’Éric Anceau.
- 2019-2020. Licence 3 Sciences sociales – Parcours socio-anthropologie – Paris 1 Panthéon-Sorbonne