CESSP - Centre européen de sociologie et de science politique


Rechercher




Accueil > Recherche > Séminaires > Séminaire du groupe de recherche « Productions et circulations des biens culturels dans la région MENA »

Programme 2019-2020

mis à jour le 13 novembre 2019

Séminaire du réseau de recherche (2019-2020)
PRODUCTIONS ET CIRCULATIONS DES BIENS CULTURELS :
LE CAS DES PAYS DU MOYEN-ORIENT ET DE L’AFRIQUE DU NORD
Coordination : Abdelfettah Benchenna et Dominique Marchetti

Les séances du séminaire ont lieu le jeudi entre 14h00 à 16h00 à la Maison des sciences de l’homme, Paris Nord (20 Avenue George Sand, 93210 Saint-Denis) dans le bâtiment de recherche Sud du Campus Condorcet (5 cours des Humanités 93322 Aubervilliers cedex) situés à la sortie du métro Front Populaire (ligne 12).

Séance 1. Jeudi 3 octobre 2019, salle 407, MSH Paris Nord

Simon Mangon : Le monde du « développement médias ». Sociologie des politiques françaises de soutien aux médias dans le monde arabe (Tunisie, Jordanie)

Depuis 2011, les organisations internationales se sont massivement tournées vers les « nouveaux » médias arabes, perçus comme les vecteurs de la « démocratisation ». La France, désireuse de conserver son influence dans la région, apporte un soutien financier à ces structures, et organise la formation de journalistes arabes. Au-delà du simple soutien à la presse, ces dispositifs de « développement médias » apparaissent comme des instruments de politique extérieure, permettant de diffuser une certaine conception du journalisme à l’international. Pour autant, ce soutien étranger ouvre des opportunités professionnelles pour des journalistes et permet à des médias d’émerger à la marge d’un secteur dominé par les champs politique et économique. A partir d’une enquête multi-située (Amman, Paris, Tunis), cette thèse propose d’analyser le monde du « développement médias » comme un espace d’interaction entre des bailleurs internationaux, des ONGs et des médias aux logiques professionnelles multiples. Cet espace transnational est le lieu de luttes politiques et professionnelles qui viennent interroger les frontières du métier journalistique.

Séance 2. Jeudi 14 novembre 2019, salle 6.040 (6e étage), Campus Condorcet bâtiment de recherche Sud, 5 cours des Humanités 93322 Aubervilliers cedex (Métro 12, Front Populaire)

Parisa Pajoohandeh : Les trois pôles du cinéma iranien : les enjeux d’une triangulation tissée (1979-2013) (en visioconférence)

Cette intervention reprend les résultats d’une thèse soutenue à l’Université Paris 3- Sorbonne Nouvelle en 2017 (dir : Kristian Feigelson). Elle porte sur l’industrie cinématographique iranienne. En distinguant trois pôles différenciés du cinéma iranien (« cinéma officiel », « cinéma de l’exil » et « cinéma alternatif »), l’auteure tente, dans une perspective historique, de cerner l’apport de chacun de ces pôles dans la construction d’une « identité » du cinéma iranien. Structurée autour de trois parties, cette présentation questionne, tout d’abord, le statut de l’image animée et l’iconographie dans l’islam chiite, son rôle dans un cinéma pré-révolutionnaire pour se concentrer ensuite, sur la place et la fonction de ces trois figures du cinéma depuis la révolution de 1979 jusqu’à 2013.Une place importante de cette présentation est consacrée, enfin, au « cinéma en exil » et au « cinéma alternatif », depuis 1979, où il sera question plus particulièrement des conditions de leur production et de leur circulation tant en Iran qu’à l’international.

Séance 3. Jeudi 12 décembre 2019, salle 406, MSH Paris Nord

Jade Montané : L’implantation de l’AFP au Moyen-Orient et en Afrique du Nord : une longue histoire rythmée par des accords entre les grandes agences de presse, la décolonisation et les enjeux stratégiques de l’Etat français

Comment l’Agence France-Presse est-elle devenue une des principales sources d’information des médias du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ? L’AFP voit le jour en 1944, à la Libération de Paris dans le but de recréer une grande agence de presse française capable de faire entendre sa voix aux quatre coins du monde. Pour le rayonnement de la France à l’étranger, l’AFP hérite des bureaux bâtis par l’agence Havas, l’une des plus grandes agences de presse des XIXe et XXe siècles et de la fusion des différentes agences dissidentes de l’Office français d’information (OFI), ancienne branche information d’Havas, transformée par le gouvernement de Vichy en vecteur de la propagande nazie. C’est à Londres que d’anciens journalistes d’Havas information donnent naissance à l’Agence française indépendante (AFI), première agence dissidente de l’OFI, qui prend pied au Caire, au Liban, en Syrie et en Palestine. En 1942, c’est le bureau d’Havas à Alger qui fait sécession afin d’émettre comme l’AFI une information française « libre ». Après la Seconde Guerre mondiale, la nouvelle AFP est présente dans la majorité des pays d’Afrique du Nord qui sont sous domination française mais aussi en Egypte, au Liban, en Turquie, en Iran, en Palestine et en Israël. Après la guerre d’Algérie, l’AFP, qui était la seule agence de presse à avoir un bureau à Alger garde, voire développe, sa présence sur le continent africain. Au Moyen-Orient, la décolonisation et le souhait du Général de Gaulle d’étendre l’influence française offrent à l’AFP les moyens de diffuser un service de nouvelles en langue arabe et devenir, dans les années 1970, la principale source d’information des médias de la région y compris pour les pays du Golfe qui étaient sous domination britannique. En 1987, pour continuer à couvrir et à transmettre son information à l’ensemble des pays de la région dont Israël et faciliter la circulation de ses journalistes, l’AFP installe sa direction régionale du Moyen-Orient dans un pays « neutre » à Chypre. Après le printemps arabe, les trois bureaux d’Afrique du Nord sont rattachés à Nicosie qui devient la direction régionale Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) qui gère l’ensemble des bureaux de la zone et diffuse, en texte, photo et vidéo, une information en anglais, arabe et français.

Séance 4. Jeudi 16 janvier 2020, salle 411, MSH Paris Nord

Marie Pierre-Bouthier : Parcours transnationaux de cinéastes marocains (des années 1950 à nos jours). Le cas de la formation des pionniers dans les années 1960-70

Cet exposé se propose de re-parcourir l’histoire du cinéma marocain, de ses cinéastes et de ses productions filmiques, à l’aune des progrès de l’histoire transnationale. Il s’intéressera plus particulièrement aux parcours de cinéastes entre plusieurs pays : formation à l’étranger, expatriation, bi-nationalité, ou co-production internationale. On effectuera dans un premier temps un panorama de ces différents liens possibles avec les pays étrangers pour les cinéastes marocains, en particulier les documentaristes : dans quelles conditions ces départs se font-ils ? quelles conséquences cela a-t-il sur les dispositifs de production ? quels liens sont-ils gardés avec le pays d’origine ? On verra que les femmes sont particulièrement concernées depuis les années 1980 par ce « détour par l’étranger » pour pouvoir travailler et devenir des cinéastes marocaines reconnues. Dans un second temps, on se penchera plus précisément sur la question de la formation à l’étranger, et plus particulièrement sur la période des années 1960-70 où les pionniers du cinéma marocain n’avaient d’autre choix que de partir étudier l’art filmographique à l’étranger, principalement à Paris et à Lodz (Pologne populaire). On verra dans quelles conditions ces départs (et ces retours) se faisaient, en quoi consistaient cette expérience étudiante, et quelles conséquences elle a pu avoir sur leurs carrières, leurs choix de vie, leurs dispositifs de production, et leurs ambitions de cinéastes.

Séance 5. Jeudi 6 février 2020, salle 406, MSH Paris-Nord

Cristina Moreno Almeida, Rap Beyond Resistance : Staging Power in Contemporary Morocco (en visioconférence)

A new young king, the proliferation of music festivals promoting contemporary genres and the 2003 Casablanca terrorist attacks frame the irruption of rap music into mainstream Moroccan media at the beginning of 2000s. Rap as the new ‘cool’ found itself in a privileged position favoured by a state and urban elites who imagined rappers and hip hop culture as ambassadors of a modern, moderate and liberal ‘new’ Morocco. This presentation based in the findings of my book Rap Beyond Resistance : Staging Power in Contemporary Morocco, brings light to a vibrant and varied rap scene diverse in its political discourses, and its relationship with the country’s elites. While Morocco has one of the most vibrant rap scenes in the Arabic-speaking world, this youth culture has mostly been observed as a tool of resistance. Global media and academics have directed their attention to what they see as politically engaged rappers. The result is a partial image of the rap scene that highlights what fits into Western discourses on democratization and progress, especially since the 2011 popular uprisings in the region. This framework results in an epistemological categorisation that position rappers as co-opted or resistors and thus perpetuates mainstream narratives that portray North African youth culture uniquely as a protest culture. Narrow definitions of resistance obscure the work of many other rappers that do not fit in with the Western secular idea of engagement. Theoretically, this presentation explores resistance arguing towards the need of different epistemological frameworks in which to look at narratives of cultural resistance in the Arabic-speaking world. Empirically, it provides an in-depth look at the politics of rap culture in Morocco. I challenge spaces where resistance has been loosely associated to rap and explore acts of resistance that may remain concealed to many. By exploring what is political, I bring light to a vibrant and diverse rap scene diverse in its political discourses – patriotic, rebellious, conservative and religious– and also uncover different ways in which young artists are being political beyond ‘radical lyrics’ such as through visual culture and the political economy of the music field often overlooked in studies on dissent.

Séance 6. Jeudi 12 mars 2020, salle 413, MSH Paris Nord

Abir Krefa : Misère de position et quête de reconnaissance des écrivain.e.s tunisien.ne.s

À l’instar de leurs homologues dans les espaces littéraires centraux, les écrivain.e.s tunisien.ne.s se caractérisent par leur haut degré de formation scolaire. Ils et elles exercent les métiers d’enseignant.e.s (du secondaire ou du supérieur), de journalistes ou de cadres dans l’animation culturelle. Leurs pratiques lectorales les rapprochent également des autres écrivain.e.s. Ils et elles apparaissent toutefois condamné.e.s, en raison du contexte autoritaire, de l’étroitesse du marché des nouveautés littéraires et l’inégale distribution du capital symbolique à l’échelle mondiale (Casanova 2008), à vivre une « misère de position » (Bourdieu 1993). Différente de la « grande misère » dont les traits sont la pauvreté et le dénuement économique, la « misère de position » se définit par l’occupation d’une position dominée à l’intérieur d’un univers prestigieux et privilégié. Les rapports de genre tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’univers littéraire tunisien relèguent les écrivaines davantage à la marge. En essayant d’éviter le double écueil du « misérabilisme » et du « populisme » (Grignon et Passeron, 1989), Abir Kréfa éclairera les activités littéraires improbables des écrivain.e.s tunisien.ne.s. En se fondant sur l’ouvrage (2019) issu de sa thèse, elle reviendra sur les modes et processus de leur socialisation littéraire ainsi que sur leurs rapports, diversifiés, à la domination (de sexe, des espaces littéraires centraux).

Séance 7. Jeudi 23 avril 2020, salle 413 MSH Paris Nord

Aziliz Kondracki, Arabs got formats : Pour une ethnographie de la chaîne de distribution, de production et de diffusion du format télévisuel “Idols” depuis le Royaume-Uni jusqu’au monde arabe

A partir de l’observation de la chaîne de circulation du format Idols – du distributeur jusqu’au diffuseur – la visée de cette recherche de Master a été d’analyser et de comprendre comment ce bien économique et culturel se transforme pour la production d’une émission locale. La transaction de ce format est encadrée par des dispositifs qui veillent à fixer les règles inhérentes à son processus d’adaptation et à réguler le processus de recyclage dont il fait l’objet. Les systèmes médiatiques britanniques et français participent à la formation du système médiatique panarabe en accompagnant les producteurs locaux dans la production de cette émission formatée. Dans ce décor, le format fait donc l’objet d’appropriations multiples, et le modèle de production dont le format est le véhicule devient le support d’un long processus d’agrégation et d’accumulation de savoirs, de techniques mais aussi de normes et de valeurs. En cela, l’émission locale est le résultat d’un processus transactionnel complexe dans lequel les idées circulent, sont générées ou reformulées. Dès lors, la construction et le maintien de relations sociales significatives entre acteurs divers semble devenir alors une condition sine qua non pour que ce bien circule, s’échange, se transforme.

Séance 8. Jeudi 14 mai 2020, salle 413 MSH Paris Nord

Maria Adib-Doss, Les talk-shows politiques en Egypte avant la révolution : des arènes de dissidence sous contrôle
Les talk-shows politiques en Egypte constituent un genre télévisuel qui a marqué la scène aussi bien médiatique que politique en Egypte pendant deux décennies. Accompagnant la vague de l’ouverture audiovisuel et installé pendant les heures de prime-time, ce dispositif a permis la manifestation de processus sociaux, notamment des mouvements d’opposition, en leur permettant de s’exprimer et de gagner en visibilité. Ces émissions ont fait partie de dynamiques de modernisation de l’autoritarisme sous Moubarak et les ont alimentées, défiant ainsi le pouvoir politique. Elles ont gagné des rôles et un espace de parole que le pays n’avait pas connu depuis 1952, dépassant leur fonction première qui était conçue par le pouvoir et ce, malgré les outils de contrôle que ce dernier a conservés pour garantir un minimum de mainmise sur les médias. Au fil du temps, les professionnels des médias ont pu élargir leurs marges de manœuvre, ce qui leur a permis de détourner les tentatives de contrôle et d’élargir ainsi les domaines de luttes et les espaces de contentieux. Cette présentation revient sur la naissance de ce dispositif, ses modalités de fonctionnement mais aussi sur les moyens de contrôle et de régulation exercés par le pouvoir politique.

Séance 9. Jeudi 11 juin 2020, salle 413 MSH Paris Nord

Romain Lecler, Une contre-mondialisation audiovisuelle ou comment la France exporte la diversité culturelle (en visioconférence)

La réussite de CNN International, le succès financier croissant des blockbusters d’Hollywood à l’étranger ou la diffusion des séries américaines sur les télévisions du monde entier : ces phénomènes ont incité à parler, dès les années 1980, d’une mondialisation audiovisuelle. Celle-ci est sans conteste dominée par les entreprises américaines. Mais des diplomates français ont réagi et initié très tôt une politique de « contre-mondialisation » audiovisuelle qui perdure jusqu’à aujourd’hui. Plusieurs chaînes de télévision transnationales, à commencer par TV5 en 1984, ont alors vu le jour. Une cinquantaine de spécialistes de la télévision et du cinéma sont apparus dans les ambassades françaises – expérience qu’aucun autre pays étranger n’a imitée. Le soutien aux exportations de cinéma et de télévision a aussi permis de mobiliser durablement les professionnels français de l’audiovisuel. Cette politique française a misé sur la diplomatie de la diversité culturelle plutôt que sur le box office international. Elle s’est tournée vers d’autres pays dominés dans la mondialisation audiovisuelle, comme les pays francophones, associés à TV5 ou les pays dits « du Sud », en particulier vers ceux d’Afrique et du Proche et Moyen-Orient.

Voir le site Web du groupe de recherche Production et circulations des biens culturels dans la région MENA

Voir en ligne : Programme 2019-2020