Le CESSP a appris avec une immense tristesse la disparition Sergio Miceli Pessôa de Barros. Ce grand intellectuel brésilien, né en 1945, était un ancien collaborateur du CSEC depuis les années 1970. Après un diplôme de sciences politiques et sociales de l’Université pontificale catholique de Rio de Janeiro (PUC Rio), puis un master de sciences sociales à l’Université de São Paulo (USP), Sergio Miceli a fait un double doctorat de sociologie, à l’USP et à l’École des hautes études en sciences sociales. En France, il a travaillé sous la direction de Pierre Bourdieu. Il avait été parmi les premiers à introduire les travaux de ce dernier au Brésil en traduisant et éditant en 1974, chez Perspectiva, un recueil d’articles intitulé Economia Das Trocas Simbólicas (l’économie des échanges symboliques). Soutenue en 1978, sa thèse sur Les Intellectuels et le pouvoir au Brésil, 1920-1945 a été publiée en français en 1981 dans le cadre d’une coédition entre les Presses de l’Université de Grenoble et des Editions de la MSH. Montrant la structuration de ce champ intellectuel autour de l’université et de l’édition en plein essor, qui permet de professionnaliser les carrières d’écrivains, ce livre pionnier fait référence. Auparavant, Sergio Miceli avait contribué à un des tous premiers numéros d’Actes de la recherche en sciences sociales (n°5-6) en 1975, avec un article original intitulé « Division du travail entre les sexes et division du travail de domination : une étude clinique des anatoliens au Brésil », qui montrait la féminisation sociale des trajectoires des écrivains brésiliens, issus de parents pauvres des fractions « productives » du champ du pouvoir, et reconvertis en littérature à la faveur du développement de l’imprimerie.
Nommé professeur à la Faculté de philosophie, lettres et sciences humaines de l’USP en 1989, il publie cette année-là un ouvrage collectif sur l’Histoire des sciences sociales au Brésil. Sociologue de la culture et spécialiste de la pensée sociale latino-américaine, il a publié plus de 40 ouvrages en nom propre ou sous sa direction, sur les élites brésiliennes (notamment ecclésiastiques), les portraits des élites brésiliennes entre 1920 et 1940 (Images Negociadas, 1996), les institutions culturelles au Brésil, le modernisme artistique brésilien et la contribution des artistes immigrés au modernisme artistique (Nacional Estrangeiro, 2003), etc. En 2014, a paru un ouvrage qu’il a codirigé avec son épouse, l’anthropologue Heloisa Pontes, Culture e Sociedade: Brasil e Argentina, approche à la fois comparative et transnational des champs de production culturelle dans les deux pays. En 2018, il a consacré, sous le titre Sonhos da Periferia – Inteligência Argentina e Mecenato Privado, un livre à la revue moderniste Sur : lancée en 1931 par l’écrivaine argentine Victoria Ocampo qui la finançait, cette revue a réuni de prestigieux écrivains nationaux et étrangers, dont Borges.
En 2007, Sergio Miceli avait contribué à nouveau à Actes de la recherche en sciences sociales avec un article sur la jeunesse de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges, qu’il décrit en héritier des espoirs déçus des cercles criollos en déclin, promu à la tête de l’avant-garde argentine des années 1920, s’exprimant tantôt comme poète nostalgique, tantôt comme idéologue de sa classe d’origine. Il y montrait aussi les dispositions nationalistes de Borges, gommées par la suite au cours de sa carrière transnationale.
Grand éditeur, Sergio Miceli avait aussi lancé la revue Tempo Social, Revista de Sociologia. Il avait repris en 2022 la direction de Editions de l’Université de São Paulo (Edusp), poste qu’il avait déjà occupé dans les années 1990, et y avait mené une politique exigeante. Continuant à assumer un rôle de passeur entre la France et le Brésil, il y a notamment engagé la traduction de deux ouvrages de Pierre Bourdieu, Microcosmes. Théorie des champs et Impérialismes. Circulation internationale des idées et luttes pour l’universel, ainsi qu’un recueil inédit d’articles de Gisèle Sapiro sur les intellectuels. Il était aussi membre de l’Académie des sciences brésilienne.
En juin dernier, Sergio Miceli avait organisé l’hommage à son ami et complice de toujours Afrânio R. Garcia Jr. à São Paulo. Malgré son hospitalisation, il est intervenu à distance dans l’hommage que le CESSP a organisé le 3 décembre, avec la passion, l’énergie et la générosité intellectuelle qui le caractérisaient. Il nous a quittés le 12 décembre.
Le CESSP communique ses profondes condoléances à sa veuve Heloisa Pontes et à ses enfants.





