« Going global ? » Processus d’internationalisation et d’européanisation

Responsables : Ioana Cirstocea, Grégory Daho et Dominique Marchetti

Cet axe thématique est coordonné par Ioana Cirstocea, Grégory Daho et Dominique Marchetti. Ils animentle séminaire mensuel « Sociologie de l’international », qui est reconduit sous une forme comparable à celle actuelle, à savoir la présentation et discussion lors d’une séance de trois heures des travaux d’un chercheur senior (membre du CESSP ou invité) et d’un doctorant du laboratoire, autour d’un même thème. Les recherches en cours s’inscriront dans quatre pôles principaux, les trois premiers prolongeant ceux déjà existants et le quatrième ouvrant de nouveaux chantiers de recherche autour des questions de sécurité.

Europe

Les recherches sur les institutions de l’Union européenne vont se développer dans quatre directions principales : l’étude des élites dirigeantes (milieux judiciaires, fonction publique, acteurs économiques, experts, groupes de pression, etc.) qui est de longue date au cœur des travaux menés par le groupe Europe du CESSP et qui sera élargie à celle de professions et groupes nouveaux (secteurs militaires et de la sécurité, mondes académiques, experts de la mémoire ou des questions de genre) ; l’analyse du développement des autorités indépendantes (banques centrales, cours constitutionnelles, déontologues, médiateurs, etc.) du point de vue des dispositifs de pouvoir et des formes de légitimité politique qu’elles induisent ; les processus d’import-export de l’expertise d’Etat et des technologies de bon gouvernement dans lesquels l’Union européenne a un rôle actif ; la contestation des pouvoirs européens que manifestent l’essor des populismes mais aussi les critiques expertes (discours de la crise, dénonciation des blocages institutionnels, etc.) – qui constitue un nouveau thème d’exploration pour le groupe Europe.

Guerre et violence politique

Les recherches de l’ERC Social dynamics of civil wars se prolongeront jusqu’en 2021, avec l’achèvement des études de cas portant sur des insurrections armées et des situations de violence (Mali, Kurdistan, Irak, Syrie, région des grands lacs africains) et la consolidation de la réflexion théorique sur les guerres civiles alimentée par l’analyse de ces cas. Elles sont partie prenante d’une réflexion plus générale sur la violence politique, ses dynamiques d’émergence et ses effets sur le fonctionnement des Etats, qu’un projet de recherche déposé à l’ANR au début de 2017 se propose d’explorer dans le cas du Moyen-Orient (projet DYNAMO, responsable Olivier Grojean) et qui rejoint les préoccupations de chercheurs et doctorants travaillant sur les entreprises et entrepreneurs de violence (groupes mafieux, paramilitaires, militantisme radicalisé) dans d’autres contextes (Mexique, Italie, monde arabe, France).

Circulation des normes, des idées et des biens culturels

Le programme INTERCO-SSH est à l’initiative d’un développement des SSH Studies dont la collection d’ouvrages lancée aux éditions Palgrave MacMillan sur ce thème sera l’une des vitrines. Un ensemble de recherches portera sur l’internationalisation des sciences sociales et humaines (champ européen et champ mondial des sciences humaines et sociales, circulation internationale des chercheurs et des idées), sur la diffusion et la réception internationale d’écoles théoriques, d’auteurs et d’œuvres (structuralisme, sociologie de Pierre Bourdieu, La Distinction de ce dernier auteur) et sur le marché de la traduction. Les travaux sur la circulation des biens culturels et des produits médiatiques au Maghreb et aux Moyen-Orient se poursuivront dans deux directions principales : les transformations du marché de l’audiovisuel en relation notamment à sa marchandisation (agences de presse, banques d’images) ; les censures et les formes de contrôle indirectes qui s’exercent sur les entreprises de presse et les activités journalistiques.

L’étude des élites et des savoirs d’Etat continuera à occuper une place essentielle, en dialogue avec les travaux du pôle Europe sur des thèmes similaires. La circulation des experts (juristes, économistes, universitaires) comme de leurs mécanismes de légitimation (universités, think tanks, ONG, organisations internationales) participent tout à la fois aux stratégies d’affirmation de fractions concurrentes des élites et à la réinvention continue des savoirs d’Etat. Ils forment de ce fait un point d’observation privilégié du jeu d’import-export où se jouent les refondations de la légitimité des Etats et de leurs élites dirigeantes, et que les recherches menées au CESSP abordent plus particulièrement à partir des cas des experts du droit, des questions de genre, du développement et de la santé.

Les acteurs de la sécurité et les transformations de l’Etat

L’arrivée au CESSP de membres spécialistes des questions de sécurité et de défense ou amenés à s’y intéresser en raison de leurs objets de recherche (situations insurrectionnelles, phénomènes de radicalisation), ainsi que l’intérêt accru de la communauté scientifique pour ce type de questions, a conduit à la création de ce nouveau pôle de recherche. Il s’agit d’interroger les liens entre les reconfigurations actuelles du champ de la sécurité, les transformations de l’Etat et les modes d’expression et de régulation de la violence. Les recherches portent sur les professionnels de la sécurité (militaires, policiers, magistrats, services de renseignement, sociétés militaires privées, fonctionnaires des organisations internationales, experts) ainsi que sur l’évolution des formes de violence et les politiques publiques conduites pour y faire face (lutte contre le terrorisme, dispositifs de dé-radicalisation, interventions armées, activités policières). Le programme de recherche se développera en prenant appui sur un séminaire déjà existant (« Approches sociologiques des armées », animé par Grégory Daho et Mathias Thura, chercheur à l’IRSEM, Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire) qui s’ouvrira plus largement aux questions de sécurité.