CESSP - Centre européen de sociologie et de science politique


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BRUNETEAUX Patrick

Chargé de recherche, CNRS - HDR


Centre européen de sociologie et de science politique
Université Paris 1
Département de science politique
14 rue Cujas
75005 Paris

Contact : pbx@univ-paris1.fr
Tél. : 01 40 46 28 44
Mobile : 06 22 13 26 07

Mon doctorat a porté sur la construction sociale d’une force de répression étatique adaptée aux conflits sociaux collectifs s’exprimant dans l’espace public ou renvoyant aux libertés publiques (manifestations urbaines, grèves avec occupations, rassemblements ruraux autour de sites) : « La violence d’Etat dans un régime démocratique. L’institution des forces de maintien de l’ordre en France 1880/1980. La constitution d’une institution spécialisée dans la gestion des conflits collectifs ».

Patrick Bruneteaux is permanent CNRS researcher, specialized in political sociology. He received a Ph.D and HDR degrees in Political Science from the University of Paris I - Sorbonne, France, in 1993 and … respectively. His main research interests are the social politics focused on the homeless people (especially emergency measures) and their surviving strategies, for which he published numerous papers and reports. He also works on Altermondialisme and Neocolonialism in Martinique, along with publications on the splitting mechanism from an anthropologist perspective (including study of extermination camps, executioner methods and the secularizing effects of the Occident). He published L’arrière-cour de la mondialisation. Ethnographie des paupérisés, (dir.) (ed. du Croquant, 2010), together with D. Terrolle, Intégrer les Rroms ? Travail militant et mobilisation sociale auprès des familles Rtoms de Saint-Maur (L’Harmattan, 2012), Les Enfants des Don Quichotte. Sociologie d’une mobilisation improbable, (Presses Universitaires de Vincennes, 2013) and Le colonialisme oublié. De la zone grise plantationnaire aux élites mulâtres à la Martinique, (ed. du Croquant, 2013).


Thèmes de recherche

  • les politiques sociales en direction des SDF (notamment les politiques de l’urgence) et les modes de survie à la rue (à partir plus particulièrement d’une biographie d’un sous-prolétaire à la rue),
  • l’altermondialisme et le néo-colonialisme en Martinique. Deux études sont en cours : le forum social caribéen qui s’est déroulé en juillet 2006 et qui fait l’objet d’une exploitation qualitative et quantitative ; une étude particulière des effets du colonialisme sur les descendants d’esclaves en appliquant le concept de zone grise à la situation antillaise),
  • l’anthropologie du dédoublement (qui comprend une analyse des camps d’exterminations et des pratiques des bourreaux mais aussi une étude des effets de la sécularisation des Etats occidentaux)

Titres

  • Chercheur en sociologie politique au CNRS et membre du CRPS depuis 1996.
  • Docteur en science politique en 1993 à l’Université Paris 1
  • Habilité à diriger des recherches.

Publications

Ouvrages

  • Maintenir l’ordre, Presses de Science-Po, 1996.
  • Les nouvelles figures du sous-prolétariat, L’Harmattan, 1999.
  • Devenir un dieu. Le nazisme comme nouvelle religion politique. Eléments pour une théorie du dédoublement, Editions Publibook, Université, coll Sciences humaines et sociales, 2004.
  • La rue. Rêves et réalité, Editions Emmaüs & Le Temps des Cerises, Paris, 2004.
  • Le carnaval des travestis. Les travestis makoumé, Editions Lafontaine, Martinique, 2006.
  • Être chercheur dans des mondes paupérisés. Nouveaux horizons ethnographiques sur l’arrière-cour de la mondialisation, à paraître aux Editions du Croquant, 2010
  • L’arrière-cour de la mondialisation, Ethnographie des paupérisés, (dir.) Bellecombe en Bauges, Editions du Croquant, 2010 (Avec D. Terrolle).
  • Intégrer les Rroms ? Travail militant et mobilisation sociale auprès des familles Rroms de Saint-Maur, Paris, L’Harmattan, 2012. (avec N. Benarrosh)
  • Les Enfants des Don Quichotte. Sociologie d’une mobilisation improbable, (dir), Vincennes, Presses Universitaires de Vincennes, 2013.
  • Le colonialisme oublié. De la zone grise plantationnaire aux élites mulâtres à la Martinique, Bellecombe en Bauges, Editions du Croquant, 2013.
  • Hors de l’usine, les mondes rêvés de Georges. Critique sociale des sans-abri et alternatives ouvrières à la domination, à paraître.

Articles et contributions depuis 1994

  • « Les institutions et les paumés : les logiques de la surenchère », in Patrick Bruneteaux et Florence Weber (dir.), Critiques sociales, n°5/6, janvier 1994.
  • « La police », l’Encyclopédie Hachette AXIS, juin 1994.
  • « La violence gagne les plus jeunes », Panoramiques, Politiques et sociétés, n°16, 4e trimestre, 1994.
  • « L’illusion de l’actualité neutre. Quelques réflexions sur la haine des jeunes des cités à l’égard des journalistes », Banlieue, ville, lien social, n°3, Paris VIII, septembre 1994.
  • « Manœuvres scientifiques en terrain militaire », Genèses, n°24, 1996.
  • « Susciter le désir par la tendresse. Les cadres de l’accueil caritatif sur une péniche lyonnaise », Politix, n°34, 1996.
  • « La gestion de « l’assisté » », Futur antérieur, n°41/42, 1997.
  • « Les entretiens informels ou les conversations orientées », (avec C. Lanzarini), Sociétés contemporaines, n°30, 1998.
  • « La sexualité des sous-prolétaires à la rue », (avec C. Lanzarini), L’Homme et la Société, n°129, 1998.
  • « Chawky Frenn : Painting of the Extreme », in Chawky Frenn (dir.), Ecce Homo, Vanderbilt University, Nashville, novembre 2000.
  • « Les CRS à la plage. Histoire d’une politique de relation publique des forces de l’ordre », in Lise Mingasson (dir.), Informations sociales, CNAF, 2001.
  • « Entre dérision et dérisoire : l’humour comme tactique de survie dans les camps de concentration », in Arnaud Mercier (dir.), Hermès, n°29, Editions du CNRS, 2001.
  • « Norbert Elias et la question du génocide : hypothèses explicites et hypothèses implicites du dédoublement », in Yves Bonny, Jean-Manuel de Queiroz, Erik Neveu (dir.), Norbert Elias et la théorie de la civilisation, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2003, p 97-123.
  • « Figures du dédoublement : la mort lente ou le travail de divinisation du boureau », Sud-Nord, Folies et cultures, numéro spécial « Extermination », n°18, Erès, février 2003.
  • « Obstacles aux recherches sur les camps de la mort. Une pensée scientifique prise entre l’insignifiance et l’offense », Terrain, Carnets du patrimoine ethnologique, Ministère de la culture, février 2004.
  • « Sur les violences policières », Le Monde du 27 janvier 2004.
  • « Le dédoublement positif », in Jacques Pierre (dir.), Religiologiques, Université de Montréal, Québec, octobre 2004.
  • « Se dédoubler en un être transcendant : la sacralisation séculière dans les Etats modernes pacifiés », Recherches Sociologiques, Université de Louvain, n°2-3, automne 2005.
  • « L’hébergement d’urgence à Paris où l’accueil en souffrance », Sociétés contemporaines, n°63, décembre 2006.
  • « Les politiques de l’urgence à l’épreuve d’une ethnobiographie d’un SDF », Revue Francaise de Science politique, janvier 2007.
  • « Les limites de l’approche quantitative pour penser la pauvreté en Martinique », avec J. Daniel et Véronique Rochais, in Mélanges en l’honneur de Michel Louis, à paraître en novembre 2007.
  • « Vides juridiques et renvois arbitraires dans les centres d’hébergement d’urgence parisiens », avec Daniel Terrolle, Revue de Droit Sanitaire et Social, en novembre-décembre 2007.
  • « La lutte contre la grande pauvreté : un marché ? », Pour en finir avec la pauvreté. Mesures, mécanismes et politiques, Regards croisés sur l’économie, n°4, septembre 2008, La Découverte, pp.223-233.

Rapports

  • « Produire les Solidarités », Rapport pour la Mission Interministérielle de Recherche et d’expérimentation, 1996.
  • « Les relais-santé en France », Rapport pour la Mission Interministérielle de Recherche et d’expérimentation, 2000.
  • « Biographie d’un SDF alcoolique abstinent », Rapport pour l’Institut d’Etude sur les Boissons (IREB), décembre 2005.
  • « Pauvreté, précarité et formes d’exclusion en Martinique : une approche qualitative », Justin Daniel (dir.), P. Bruneteaux, J. Kabile, Nadine Lefaucheur, V. Rochais, Rapport pour le Ministère de l’Outre Mer, janvier 2007.
  • « Prise en charge spécifique ou généraliste des femmes dans deux structures d’insertion professionnelle : étude comparative entre les CIDFF et les Missions locales », in Frédéric Charles (dir.) (GTM), avec Sabine Fortino (GTM) et Patrick Bruneteaux (CRPS), Rapport pour le Ministère de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative, MIRE/DREES, Programme de recherche « Genre et politiques sociales », décembre 2008.
  • État d’urgence. Gestion des sous-prolétaires et alternatives à la domination, à paraître. « Dispositifs d’insertion innovants à la Martinique », rapport en cours pour le Ministère de l’Outre-Mer« L’accompagnement des populations roms dans les locaux de Saint-Maur par les militants de Romeurope 94 », rapport en cours pour le Conseil général du Val de Marne.

Enseignements

  • Séminaire sur les SDF intitulé « Zones frontières ». Avec Daniel Terrolle, spécialiste de la question des SDF, maître de conférences en anthropologie à Paris 8, rattaché au Laboratoire d’Anthropologie urbaine, laboratoire du CNRS. Salle 206 au Panthéon : 6 séances de 3 heures de janvier à juin.
  • Animation d’un atelier de l’Ecole doctorale de Paris 1 : « Pratiques du terrain »

Présentation des recherches (depuis 2006/2007)


I- Une logique de publication et de diffusion

1/ La publication de mes recherches sur la pauvreté en métropole

Mes objets de recherches, en 2007, demeurent centrés sur la question sociale en métropole et en Martinique. Cette année, je me suis essentiellement consacré au travail de rédaction d’articles et de valorisation scientifique des résultats liés aux recherches sur les SDF, les politiques sociales, la méthodologie d’enquête en terrain difficile, l’urgence sociale.
Mes recherches menées auprès des SDF ont, en effet, donné lieu à diverses publications.

Le long travail empirique effectué avec un SDF depuis plus de 6 ans a fait l’objet d’une réflexion théorique et méthodologique publiée dans la Revue Francaise de Science politique en janvier 2007 : « Les politiques de l’urgence à l’épreuve d’une ethnobiographie d’un SDF ».

Il s’agissait de penser l’émergence des politiques de l’urgence sociale et leurs limites à partir de différents matériaux, dont celui, central, du rapport pratique qu’un SDF a entretenu au monde de l’urgence depuis une quarantaine d’années. Il a ainsi été possible de voir comment, en pratique, l’accès aux prestations dites assistantielles est loin d’être commode, notamment pour accéder au Samu social, lequel est débordé. Sous prétexte d’endosser un rôle de veille sociale, cette organisation a mis en place des procédures qui découragent de nombreuses personnes (questionnements téléphoniques, passage bureaucratique extrêmement long par le standard, faible capacité de proposition). C’est en testant ces dispositifs avec le SDF lui-même que l’on a pu se rendre compte des difficultés d’accès aux structures dites « d’urgence ».

Plus généralement, c’est l’ensemble des hiatus entre les demandes des SDF et la carte assistantielle qui explique la relation spécifique entretenue avec une personne à la rue. Le chercheur, à l’instar d’autres endosse plusieurs personnages « sociaux » qui témoignent d’un transfert d’assistanat en l’absence de moyens humains suffisant et suffisamment proches des personnes à la rue et ce, en dépit même des nombreuses maraudes qui circulent sur Paris la nuit. La grande disponibilité des bénévoles et salariés qui se trouvent sur le front des rencontres ne suffit pas à compenser la faiblesse des moyens structurels déployés pour accéder à un logement et un travail autorisant l’autonomie réelle des personnes. Les conditions de survie très précaires proposées aux personnes ont été publiquement révélées lors du mouvement des Don Quichotte. Le refus de tourner sans cesse d’un centre à un autre est enfin reconnu et la circulaire Vautrin comme la loi sur le logement opposable ont largement entériné le principe de la stabilisation, y compris et surtout dans l’urgence. C’est un tournant majeur dans les politiques sociales, même s’il faut désormais mesurer l’impact de ces nouvelles réglementations sur le terrain. C’était justement tout l’intérêt de l’article que je vais désormais présenter. Il a été publié juste avant le mouvement social d’ampleur nationale.

A un niveau intermédiaire entre les politiques publiques et l’ethnobiographie d’une personne sans domicile, j’ai publié les résultats d’une recherche menée sur les modalités d’accueil dans les centres d’hébergement d’urgence parisiens. « L’hébergement d’urgence à Paris où l’accueil en souffrance », Sociétés contemporaines, n°63, décembre 2006. A partir d’entretiens menés avec des responsables institutionnels des associations, des entretiens réalisés auprès des responsables publics (mairie de Paris, Dass, DGAS), d’entretiens effectués auprès des responsables de centres et des travailleurs sociaux, de l’observation de nuit des principaux Centres d’hébergement d’urgence (Emmaüs, Armée du salut, Secours catholique), il a été possible de collecter les données suffisantes pour prouver empiriquement le concept d’inclusion périphérique qui constituait le référentiel majeur de mon projet de recherche d’entrée au CNRS en 1996.

Là aussi, en utilisant différents matériaux, dont une partie du récit de vie entrepris avec le SDF « Georges », j’ai essayé de montrer de quoi est fait l’ordinaire de l’aide assistantielle pour les SDF. En particulier, j’ai tenté de montré pourquoi il subsiste encore de nombreuses violences dans les CHU. Ces violences ne sont pas uniquement physiques (insécurité, exclusions). Elles sont aussi symboliques (pouvoir discrétionnaire des opérateurs, absence de tout droit des SDF en dehors des droits d’ordre public garantis par le code pénal) et psychiques (impossibilité de dormir en rassemblant des personnes aux corps cassés, inscrites dans des comportements addictifs et aux souffrances psychiques qui s’expriment la nuit). L’aide sociale républicaine est un composé d’aide humanitaire (minima sociaux dans un Etat des droits de l’homme) et de dispositifs encore largement répressifs (comprenant une délégation de l’aide assistantielle à des associations non évaluées). Mais cette aide humanitaire, quoique « humanisée » depuis une dizaine d’années, est demeurée suffisamment précaire pour susciter le non-recours, des heurts internes entre le public et les accueillants et des procédures d’expulsion.
Sur ce dernier thème, un troisième travail spécifique a été présenté au colloque des 13-15 juin 2007 à la faculté de droit et de science politique de l’Université de Nantes, portant sur « La fabrication des populations problématiques ». Il portait sur les procédures d’incrimination des SDF (« Les pénalisations formelles et informelles des SDF dans les centres d’urgence parisiens ».

Cette contribution entendait déployer, à partir du concept d’illégalisme des moeurs (Rullac 2007), la palette des mises en demeure adressées à l’entrée et à l’intérieur des CHU par les équipes des accueillants. L’accueil des SDF comprend, en effet, des mécanismes de sélection des entrants destinés à filtrer les moins méritants (Liebow 1993, Castel 1995), c’est à dire ceux qui s’écartent le plus des normes attendues de la part des dirigeants. Autrement dit, alors que l’article paru dans Sociétés Contemporaines entendait montrer l’aspect plus que rudimentaire des aides octroyées, cette contribution visait à décrire l’exclusion de ceux qui ne peuvent même pas prétendre aux prestations de base fournies aux SDF dans les CHU.

Tous ces travaux entendent montrer les limites des aides assistantielles dans l’Etat social républicain. S’il ne fait pas de doute que les politiques sociales sont comparativement bien plus efficaces en Europe de l’Ouest qu’aux USA ou dans les Etats pauvres de l’Europe, il n’en demeure pas moins que l’on comprend mieux, à la lumière de ces travaux, pourquoi de nombreux SDF refusent de se rendre dans ces centres : distance trop forte avec les pratiques de survie mises en place dans la rue, risques de violences, faibles perspectives d’insertion vers les CHRS et encore moins vers le logement ordinaire ou l’emploi.

Ces deux articles et cette contribution s’inscrivent dans le cadre plus général de la rédaction d’un ouvrage portant sur les politiques de l’urgence en France. A partir d’études macrosociologique (politiques d’urgence) et microsociologique (suivi des pratiques dans les CHU à partir d’une démarche ethnobiographique) entreprises depuis 2000 et dont j’avais annoncé les chapitres lors de ma dernière évaluation, il s’agit de montrer comment la question SDF est à la fois devenue un enjeu politique de premier plan débouchant sur la création d’un nouveau domaine de compétence publique (l’urgence sociale) fondé sur la thématique humanitaire, l’accès aux droits, les logiques d’insertion, les droits de l’homme d’une part et, d’autre part, sur des outils spécifiques (Samu social, veille sociale, mise en réseau des associations, expertises médicales, nutritionnelles, invention des maraudes, rapports). Et aussi un analyseur de la place structurale octroyée aux plus dominés de l’Etat social (précarité de l’accueil, embolisation du dispositif vers le haut, violences multiples dans les CHU, absence de professionnalisation, absence d’une juridicisation de droit commun de l’urgence...).

Je dispose, à la manière de P. Bourgois dans ses études sur les dealers de crack et des SDF toxicomanes, d’une double approche à la fois macro et microsociologique qui a supposé de travailler sur de multiples sources, dont l’ethnobiographie d’un SDF qui apporte des données de terrain de premier plan sur l’expérience des structures d’urgence. Ce manuscrit sera finalisé fin 2007. P. Bourgois rappelait pendant le colloque du 28 juin 2007 que j’ai organisé à la Sorbonne (avec Daniel Terrolle) qu’il lui a fallu presque 12 ans pour mener à bien ses travaux auprès des SDF toxicomanes et parvenir à une publication sous forme de livre. Il a salué mes recherches menées auprès des SDF parisiens et comprend le « phénomène de longue durée » qui caractérise l’exploitation des données ethnographiques auprès de ce type de population. Il a notamment évoqué sa relation avec Primo, un de ses informateurs du ghetto avec qui il entretient toujours des liens depuis plus de 15 ans. Il me semble être dans les temps en parvenant à éditer un ouvrage au terme de 7 années de recherches ponctuées de publications d’articles.
A noter que mon projet d’article pour Terrains, sur les odeurs de la rue, qui avait été refusé, a été fondu dans l’ouvrage en cours de rédaction portant sur l’urgence en souffrance.

2/ La publication de mes recherches en Martinique

Mes recherches en Martinique, dans le cadre de mes déplacements centrés sur l’étude des mouvements sociaux et plus particulièrement du forum social caribéen, ont été pensées dans une logique de découverte d’anthropologie politique. C’est ce qui explique mon regard global porté sur ce territoire domien, mon intérêt général pour les mécanismes de pouvoir et d’inégalités sociales. Le livre paru sur le carnaval (Le carnaval des travestis. Les travestis makoumé, Editions Lafontaine, 2006) a permis de penser les relations ethnico-raciales dans un contexte post-colonial très tendu.

Tandis que, plus récemment, ma participation active à une enquête sur la pauvreté dirigée par Justin Daniel sur la pauvreté en Martinique (« Pauvreté, précarité et formes d’exclusion en Martinique : une approche qualitative », Justin Daniel (dir.), P. Bruneteaux, J. Kabile, Nadine Lefaucheur, V. Rochais, Ministère de l’Outre Mer, janvier 2007) a permis de prolonger mes recherches sur la pauvreté tout en abordant la spécificité de la précarité sociale dans l’espace outre-mer. Le rapport de recherche pour le Ministère de l’Outre mer a été rendu en janvier 2007. La restitution a été réalisée le 25 janvier 2007, et j’ai présenté la partie concernant la recherche qualitative menée auprès des institutions sociales. Cette restitution a eu lieu à l’Université des Antilles-Guyane en présence des associations et organismes publics sollicités ainsi que des services déconcentrés de l’Etat. Justin Daniel a, pour sa part, présenté la synthèse relative aux limites de l’approche quantitative de la pauvreté en Martinique.

Avec Justin Daniel et Véronique Rochais, nous sommes en train de publier une partie du rapport dans le cadre d’une contribution dans un ouvrage à paraître fin 2007/début 2008. L’ouvrage est publié en l’honneur de Michel Louis, un enseignant à l’UAG décédé récemment et qui a participé à l’enquête « pauvreté » de manière informelle.
Parallèlement à cette première phase de recherche, j’ai rédigé avec Justin Daniel un nouveau projet de recherche visant à parfaire l’enquête pauvreté. Il s’agit dorénavant de rencontrer de manière plus exhaustive les opérateurs sociaux et, aussi, de mener une enquête de terrain auprès des différentes catégories de pauvreté (familles monoparentales, errants toxicomanes, jeunes des ghettos en périphérie des centres villes). Le projet a été envoyé au Ministère de l’Outre Mer en juin 2007. Le projet a été accepté. L’enquête est donc reconduite pour les années 2007/2009.

Mes recherches sur le Forum social caribéen ont fait l’objet d’un article en cours sur le processus d’élaboration du forum social caribéen. Il est en cours de lecture par les membres du comité de rédaction de la revue Pouvoirs dans la Caraïbe. La phase de terrain étant achevée depuis la réalisation du forum social caribéen en juillet 2007, il s’agit d’étudier le FSC en tant qu’« événement ». L’exploitation des données empiriques (100 questionnaires, analyse des données photographiques et des entretiens) sera déplacée sur l’année 2008.

3/ La diffusion des savoirs : le séminaire de recherche sur la pauvreté et le colloque en l’honneur des travaux de Philippe Bourgois

En collaboration avec le Laboratoire d’anthropologie urbaine, j’ai mis en place un séminaire de recherche sur la pauvreté. Avec Daniel Terrolle, maître de conférence à Paris VIII et membre associé au LAU, j’ai mis sur pied ce séminaire dans le cadre d’une collaboration entre le CRPS et le LAU.
Les documents annexés présentent la programmation générale, indiquent les thèmes de chaque séance, les personnes invitées. Nous avons cherché à associer les chercheurs de tout horizon théorique (des étudiants en thèse avec Paugam, d’autres au CSE (Emmanuel Soutrenon), à Paris V autour d’O. Schwartz, des Tourainiens, des sociologues travaillant au Samu social, des chercheurs rattachés à différents centres de recherches internationaux (Pérou, Japon, Centre d’Etudes Africaines) afin de lancer une approche comparée de la pauvreté la plus large possible.

6 grands axes ont été dégagés pour cette première année : la construction des catégories de pensée et les liens avec la pensée d’Etat (séances 1 et 2), les violences des dominants et des dominés, les situations de terrain limites, l’approche comparative, les outils d’observation audiovisuels et la démarche éthique.
Le montage du séminaire a nécessité de lancer un appel à proposition, d’effectuer la lecture des textes d’intervention, de rencontrer les doctorants, docteurs et chercheurs, de finaliser la programmation du séminaire en lisant les textes des intervenants avec les séances du séminaire, d’animer les séances.
La dernière séance du séminaire, Ethique, photographie et anthropologie documentaire qui s’est tenue le 22 juin 2007, a été l’occasion, outre les trois exposés consacrés au regard des SDF et à l’usage de la photographie, d’inviter Florent Flacie, réalisateur du film documentaire « La tribu du tunnel ». Deux chercheurs du LAU, spécialistes d’anthropologie visuelle, sont venus participer au débat qui s’est prolongé jusqu’à 23 H dans les locaux du Panthéon.
Pour conclure le séminaire, nous avons organisé un colloque en l’honneur de Philippe Bourgois, éminent anthropologue de la question sociale aux USA et auteur du livre « En quête de respect : le crack à New York », paru au Seuil en 2001. Il a publié des dizaines d’articles sur les violences sociales et plus particulièrement, ces dix dernières années, sur les SDF toxicomanes à San Francisco. J’ai pris contact avec P. Bourgois et j’ai assumé les tâches logistiques d’organisation, le cadrage théorique du colloque ayant été réalisé en partenariat avec Daniel Terrolle. Le chercheur américain le plus primé des USA en science sociale est intervenu sur le thème des SDF toxicomanes. La rencontre a eu lieu à l’amphithéâtre Lefebvre le jeudi 28 juin 2007 à la Sorbonne. Nous avons pu réaliser cette journée grâce au soutien financier du CRPS et du LAU. Plus d’une centaine de chercheurs et d’étudiants étaient présents. Nous avons invité comme discutant Didier Lapeyronnie, professeur de sociologie à Bordeaux II et Patrick Gaboriau, chercheur CNRS au LAU. Les débats ont été filmés avec une caméra numérique achetée sur les fonds d’une recherche avec la MIRE (voir plus bas). Avec l’accord des participants, les vidéos seront retravaillées en vue d’une diffusion sur un site internet spécialement conçu en vue de la promotion de la rencontre et de sa diffusion auprès des étudiants et chercheurs européens et américains.
Une publication est envisagée avec les communications enregistrées (Philippe Bourgois, Didier Lapeyronnie, Patrick Gaboriau, Daniel Terrolle, Patrick Bruneteaux) ainsi une sélection des meilleures présentations du séminaire. L’ouvrage a une dimension internationale, (avec des monographies de SDF en Ukraine, au Japon, au Brésil, au Liban, au Burkina Faso, au Pérou, une synthèse de l’approche de la pauvreté en Europe), de nombreux volets méthodologiques (situations limites dans la relation de terrain, double posture professionnelle et scientifique, analyse épistémologique de l’usage de la photographie, apports respectifs du qualitatif et du quantitatif) et théoriques (classifications des populations, comparaisons, mobilisation de modèles théoriques multiples). Nous allons retravailler avec leurs auteurs les textes des communications entre septembre et décembre 2007. Puis nous procéderons à une recherche d’éditeur au début de l’année 2008.

4/ L’enquête sur les femmes en insertion professionnelle

Ayant répondu avec succès à un appel d’offre de la MIRE/DREES à la fin du premier semestre 2006 sur la thématique « genre et précarité », nous avons été retenus en septembre et l’enquête a officiellement débuté en novembre 2006. Un premier bilan des investigations a réuni la dizaine d’équipes le 10 mai 2007 dans les locaux de la MIRE.
J’ai présenté, avec Frédéric Charles, Maître de conférence à l’IUFM de Créteil et Sabine Fortino, Maître de Conférence en sociologie à Paris X, tous deux membres du Laboratoire dirigé par Héléna Irata, Travail, Genre, Mobilités, les premiers résultats de l’enquête qui s’effectue sur 2 ans.
Cet appel d’offre s’inscrit dans le cadre de mes recherches sur la question sociale et les politiques menées en direction des sous-prolétaires. Que cela soit centré sur les SDF et les CHU parisiens, les formes de pauvreté et d’exclusion en Martinique ou les dispositifs d’insertion des femmes en situation de précarité, l’enjeu est toujours de comprendre comment l’Etat social gère les populations les plus vulnérables dans un contexte de désindustrialisation et de sous-emploi dans les classes populaires. Dans cette enquête, nous avons pour objectif de cibler des dispositifs des Missions Locales et des Bureaux d’Aide Individualisée à l’Emploi afin d’étudier comment la variable du genre est prise ou non en compte aux différents échelons administratifs, des conseillers aux directives gouvernementales. Et plus particulièrement de repérer des formes de partenariat locaux innovants qui ont pu permettre de mener des actions efficaces en terme d’insertion professionnelle des femmes très précarisées.

5/ Missions d’encadrement et d’expertise

J’ai été sollicité par les anthropologues J.L. Anselme et M.E. Handman afin de faire partie du jury de thèse de Mr Stéphane Rullac. Il a soutenu sa thèse le 27 avril à l’EHESS. J’ai été pré-rapporteur de la thèse du candidat. Le doctorant est devenu docteur avec les meilleures appréciations.
J’ai aussi été sollicité par le Conseil régional d’Aquitaine et par le Conseil régional Nord-Pas de Calais afin d’évaluer : pour le premier une recherche interdisciplinaire menée depuis plusieurs années dans le domaine des violences collectives (200 euros) ; pour le second un projet de recherche d’une doctorante portant sur les SDF (à titre gratuit).


II Perspectives de recherches et d’enseignement

L’année 2007/2008 sera le temps de la finalisation de mes recherches sur les sans-abri et d’une recherche de publication de l’ouvrage synthétisant mes 7 années d’investigation auprès des opérateurs sociaux de l’urgence et des SDF. L’axe majeur du travail est de tenir le champ de l’urgence sociale en croisant l’analyse socio-historique de son apparition dans les années 1980 avec les contextes d’interaction entre les SDF et les accueillants restitués à partir de différents sites d’observation et du récit de vie du SDF « Georges ». C’est à dire que, pour le moment, je renonce à proposer un ouvrage exclusivement biographique pour centrer l’analyse sur le concept d’urgence, avec pour conclusion le mouvement Don Quichotte. Le champ de l’urgence, que j’appréhende à partir du concept d’inclusion périphérique, reprendra les analyses déjà publiées en les fondant dans un plan spécifique visant à articuler les niveaux macro et micro-sociologiques.
Second axe de travail, la publication de mes recherches sur le forum social caribéen. Il reste à effectuer

  • les corrections nécessaires à la publication de l’article en cours de lecture et portant sur le processus de « non-mobilisation » des acteurs de la société civile en Martinique et dans la Caraïbe ;
  • le traitement statistique des questionnaires passés lors du FSC du 5 au 12 juillet 2006 ;
  • une étude qualitative du déroulement du FSC pendant la même période. Troisième champ d’investigation, la poursuite du séminaire sur la pauvreté soit :
  • la publication des principales communications auxquelles seront annexées les interventions au colloque en l’honneur de Philippe Bourgois et les débats ;
  • la mise en place du séminaire en 2008 avec six nouvelles séances reprenant les mêmes axes que l’année précédente qui ont été à peine défrichés. Nous passons d’une programmation de trois heures à une programmation de quatre heures, de 16 H à 20 H ; Il n’y a pas de chercheur du CSU ou du CSE travaillant directement sur les SDF. En revanche, il s’agira de diffuser l’appel à proposition auprès de tous les chercheurs de ces deux laboratoires afin de savoir si des doctorants sont susceptibles d’être intéressés par le séminaire qui a une fonction d’école doctorale informelle sur la question de la pauvreté et des politiques sociales sur la région parisienne.
  • la mise au point d’une nouvelle journée d’étude centrée sur les acteurs sociaux de l’urgence (journalistes ayant vécu la date fondatrice du l’hiver 1984, médecins de l’urgence (MDM, Samu social, vacataires à la Mie de pain, antenne médicale du CHAPSA de Nanterre, travailleurs sociaux et gardiens des CHU, hommes politiques, cadres de la DGAS)


Curriculum Vitae

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