CESSP - Centre européen de sociologie et de science politique


Rechercher




Accueil > Publications > Ouvrages

2019

mis à jour le 28 février

Les mouvements rationalistes en France (1930-2005).
Sylvain Laurens, Paris, Éditions EHESS, Mars 2019.

Certains savants considèrent que la science s’arrête aux portes des laboratoires. D’autres passent leur temps à promouvoir auprès des citoyens l’« esprit scientifique », estimant que la science n’est pas seulement une profession mais le pilier d’un espace public reposant sur la vérité. C’est à ces derniers que s’intéresse ce livre, qui cherche à rendre compte des conditions sociales et intellectuelles de l’engagement public des savants en faveur de la science et du rationalisme. En effet, même si les organisations rationalistes décrites dans cet ouvrage dépassent rarement le millier d’adhérents, elles constituent pour les sciences sociales un objet qui permet de poser des questions inversement plus larges que celles que leur taille ou leur relative confidentialité pourraient laisser supposer. Elles donnent à voir comment, et par quels processus, la « vérité » ou la « défense de la science » peuvent être durablement érigées en argument politique et mobilisées dans l’espace public par les amateurs de science ou par les savants eux-mêmes, d’une manière différente de génération en génération, des combats anticléricaux des années 1930 jusqu’aux débats sur le principe de précaution au début du XXIe siècle.


Les marchandises émotionnelles
Eva Illouz (Auteur), Axel Honneth (Préface), Frédéric Joly (Traduction), Premier Parallèle, février 2019.

Un ouvrage collectif, initié et dirigé par Eva Illouz, qui montre comment émotions et marchandises sont désormais coproduites. Créées par des industries aussi diverses que celles du tourisme, de la musique, du cinéma, du sexe ou des psychothérapies, elles entendent transformer et améliorer le moi. Une réflexion fondamentale qui jette une lumière éclatante sur nos modes de vie.

De la détente proposée par le Club Med aux cartes sexuelles distribuées dans les rues de Tel Aviv, des techniques de psychologie positive aux films d’horreur, la consommation et les émotions s’intriquent désormais au point de se définir mutuellement. C’est là un trait fondamental, et pourtant jusqu’alors jamais étudié, de notre modernité. Une modernité qui fait de l’individu un être à la fois fondamentalement rationnel et soumis à une intensification sans précédent de ses émotions. Ce paradoxe est rendu possible par le fait que les émotions et les marchandises sont désormais coproduites, jusqu’à générer un type de produits tout à fait inédit et jusqu’à présent jamais étudié : les marchandises émotionnelles.

Cet ouvrage collectif, initié et dirigé par Eva Illouz, montre brillamment comment ces nouvelles marchandises – produites par des industries aussi diverses que celles du tourisme, de la musique, du cinéma, du sexe ou des psychothérapies – entendent transformer et améliorer le moi. Il met ainsi le doigt sur une caractéristique majeure de nos sociétés, interrogeant avec profondeur – en se gardant de tout jugement – l’authenticité de l’individu moderne. Une réflexion fondamentale, qui ouvre un nouveau champ de recherches et jette une lumière éclatante sur nos modes de vie.


Naissance d’une pratique sociale élémentaire.
Wilfried Lignier, Paris, Seuil, Février 2019.

Prêter attention à un objet, le convoiter, le demander, s’en saisir, le délaisser, le transmettre – tout cela renvoie pour chacun d’entre nous à des actes quotidiens, banals, « naturels ». Pourtant, ces actes ne vont pas de soi pour les très jeunes enfants. Il leur faut au contraire apprendre à prendre – et aussi à donner. Car si ce geste tourne plus souvent chez eux que dans le monde adulte au conflit, c’est précisément qu’il implique la difficile maîtrise de règles implicites et d’attentes non formulées.

À partir d’une enquête ethnographique menée dans une crèche auprès d’une trentaine d’enfants de deux à trois ans, ce livre surprenant et vivant met au jour les déterminants sociaux de l’appropriation des choses au premier âge. Pourquoi un enfant préfère-t-il, très tôt, tels objets à tels autres ? Comment en vient-il à les réclamer dans les formes ou, au contraire, à s’en emparer par la force ? Et pourquoi tout cela importe-t-il, au moment précis où la vie sociale émerge ?

Répondre à ces questions, c’est penser l’inégale disponibilité des choses aux mains des enfants et la genèse de leurs différences sociales, mais aussi la hiérarchie précoce des légitimités – celle qui impose, d’emblée, des objets préférentiels, des gestes souhaitables et des prises de parole plus judicieuses que les autres. C’est aussi s’intéresser, à partir de l’observation minutieuse des premiers instants de l’existence sociale, aux fondements du rapport personnel à la possession et à la propriété.

Wilfried Lignier est chargé de recherche au CNRS (CESSP, Paris). Il a notamment publié La Petite Noblesse de l’intelligence (La Découverte, 2012) et, avec Julie Pagis, L’Enfance de l’ordre (Seuil, 2017).


Entre le marteau et l’enclume.
La fabrication d’une hégémonie partisane dans la Russie de Poutine,
Clémentine Fauconnier, Paris, Septentrion, 2019.

Créé pour soutenir Vladimir Poutine, le parti Russie unie domine largement le paysage politique russe depuis plus de quinze ans. Résurgence du parti communiste de l’Union soviétique ou instrument entre les mains des dirigeants : quel rôle joue-t-il ?
L’enquête, basée sur des entretiens et des observations auprès des représentants du parti, montre la situation inconfortable d’une institution qui ne cesse de se développer tout en restant sous le strict contrôle du pouvoir exécutif central. Elle apporte un éclairage nouveau sur les mécanismes de la domination politique à l’œuvre dans la Russie de Poutine en insistant sur la place centrale occupée par les références étrangères dans la vie partisane : idéologie inspirée de la pensée conservatrice occidentale, primaires, dispositifs managériaux. À l’heure où les démocraties occidentales connaissent des transformations profondes, le cas de la Russie permet de poser un regard décentré sur la relation problématique entre un dirigeant et sa majorité.