CESSP - Centre européen de sociologie et de science politique


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2018

mis à jour le 19 octobre

Repères (2) pour résister à l’idéologie dominante,
Gérard Mauger, Vulaines-sur-Seine, Éditions du Croquant, 2018

Ces repères pour résister à l’idéologie dominante transgressent les interdits récemment réactivés par divers rappels à l’ordre politiques et académiques. Ils s’ingénient, en effet, à découvrir des « excuses sociologiques » aux « inexcusables » : qu’il s’agisse de s’interroger sur la sociogenèse des trajectoires djihadistes ou de tenter de rendre compte du vote FN d’une fraction des classes populaires. Ils s’efforcent de mettre en évidence divers procédés de légitimation d’inégalités « obscènes » : comme la célébration des « talents ». Ils mettent en évidence la division du travail discursif sur l’Union Européenne entre philosophes « à façon » et économistes « à gages ». Ils s’emploient à clarifier l’usage de catégories routinières (comme l’opposition « droite/gauche » ou la notion galvaudée de « populisme »), à dissiper le brouillage d’un champ politique devenu illisible et à rappeler les leçons de l’expérience grecque à ceux qui rêvent d’une « autre Europe ». Bien qu’ils s’imposent un double devoir de « réflexivité » et de « scientificité », ces repères qui mettent les ressources de la sociologie au service de ce genre de transgressions, s’exposent sans doute ainsi à réveiller toutes les formes d’anti-intellectualisme que suscite « l’engagement sociologique ». Pourtant, comme disait Durkheim, « la sociologie ne vaudrait pas une heure de peine si elle ne devait avoir qu’un intérêt spéculatif ».

Gérard Mauger, sociologue, est directeur de recherche émérite au CNRS, chercheur au Centre Européen de Sociologie et de Science Politique (CNRS - EHESS - Paris 1)


Algérie, les écrivains de la décennie noire, Tristan Leperlier, Paris, CNRS éditions, octobre 2018.

Il y a trente ans, en octobre 1988, le monde arabe connaissait son premier « Printemps » en Algérie, suivi d’une guerre civile d’une rare violence qui saigna le pays, par l’assassinat ou par l’exil, d’une grande partie de son intelligentsia. L’une des premières victimes, le poète et journaliste de langue française Tahar Djaout tomba, en 1993, sous les balles de djihadistes islamistes.

Entre études littéraires et sociologie des intellectuels, ce livre montre les conséquences de cette crise politique sur les écrivains algériens. Cette guerre civile a-t-elle été une guerre des langues, opposant anti-islamistes francophones soutenus par la France, et pro-islamistes arabophones, choc de civilisations qu’un certain discours de l’époque s’est plu à diffuser ? Il est vrai que l’ancienne puissance coloniale est redevenue à l’occasion de cette « décennie noire » un espace central pour l’exil, le débat politique, et la reconnaissance littéraire des Algériens. C’est plus largement la place de ces écrivains dans les sociétés algérienne et française qui est interrogée.
Exceptionnelle par l’ampleur et la diversité de ses sources, cette étude s’adresse aux lecteurs curieux de découvrir une littérature à la fois si proche et lointaine (de langue française ou arabe : Rachid Boudjedra, Mohammed Dib, Assia Djebar, Tahar Ouettar…) ; et qu’intéressent les enjeux particulièrement actuels de l’engagement politique en période de censure religieuse, de migrations intellectuelles, et d’identités postcoloniales à l’heure de la mondialisation.

Normalien et docteur en sociologie et littérature, Tristan Leperlier est chercheur associé au Centre européen de sociologie et de science politique (EHESS-CNRS) et au laboratoire Théorie et histoire des arts et des littératures de la modernité (Paris III-CNRS).



Les Ecrivains et la politique en France.
De l’Affaire Dreyfus à la guerre d’Algérie
Gisèle Sapiro, Seuil, Paris, Septembre 2018.

De l’affaire Deyfus à la fin des années 1960, on ne compte plus les écrivains qui ont incarné en France la figure de l’« intellectuel », celui qui s’engage dans la cité en mobilisant son pouvoir symbolique.

On pense tout de suite à Zola. Mais aussi à Aragon, à Malraux, à Sartre, à Simone de Beauvoir, et à tant d’autres. Autrement dit, d’abord aux écrivains de gauche ou, à tout le moins, réputés « progressistes ». Cependant, si Malraux fut le premier ministre de la Culture français, et si le modèle sartrien de l’engagement a connu une diffusion mondiale, il ne faudrait pas oublier pour autant ceux qui, au nom de leur engagement à droite, se sont illustrés dans les années sombres de notre histoire : Maurras, Brasillach, Rebatet, Drieu la Rochelle, Céline. Le regain d’intérêt pour leurs écrits les plus virulents dans un contexte de montée de l’extrême droite et de la xénophobie nous invite au contraire à un retour sur l’histoire de leurs engagements.

De fait, toutes les représentations étudiées dans ce livre demeurent profondément ancrées dans notre culture politique et ont même connu un regain d’actualité depuis les années 1990, qu’il s’agisse des catégories de droite et de gauche (malgré les tentatives de nier leur validité), du débat Orient/Occident (le « choc des civilisations »), ou encore des affrontements politiques autour de l’« identité nationale ». Elles constituent le vivier auquel puisent les intellectuels, les prophètes et les idéologues d’aujourd’hui, comme en témoigne l’épilogue de ce livre.

D’où la nécessité d’en revisiter l’histoire et d’en comprendre les ressorts culturels et professionnels, comme nous le propose cet essai documenté et profondément neuf, qui interroge aussi les formes de l’engagement.

Gisèle Sapiro est directrice de recherche au CNRS et directrice d’études à l’EHESS. Auteure de La Guerre des écrivains, 1940-1953 (Fayard, 1999), de La Responsabilité de l’écrivain (Seuil, 2011) et de La Sociologie de la littérature (La Découverte, 2014), elle a dirigé Translatio. Le marché de la traduction en France à l’heure de la mondialisation (2008), L’Espace intellectuel en Europe (2009) et Profession ? Écrivain (2017).

Lire la recension dans Libération

Émissions de radio :

Écrivains et politique, un compagnonnage ambigu ;
Entre littérature et politique, les écrivains d’extrême-droite, des années 1930 à l’épuration ;
Écrivains et politique : du prophétisme à l’expertise


The criminalisation of Communism in the European Political Space after the Cold War, Laure Neumayer, Routledge, 2018, 242 p.

Memory has taken centre stage in European-level policies after the Cold War, as the Western historical narrative based on the uniqueness of the Holocaust was being challenged by calls for an equal condemnation of Communism and Nazism.

This book retraces the anti-communist mobilisations carried out by Central European representatives in the Parliamentary Assembly of the Council of Europe and in the European Parliament since the early 1990s. Based on archive consultation, interviews and ethnographic observation, it analyses the memory entrepreneurs’ requests for collective remembrance and legal accountability of Communist crimes in European institutions, Pan-European political parties and transnational advocacy networks. The book argues that these newcomers managed to strengthen their positions and impose a totalitarian interpretation of Communism in the European assemblies, which directly shaped the EU’s remembrance policy. However, the rules of the European political game and recurring ideological conflicts with left-wing opponents reduced the legal and judicial implications of this anti-communist grammar at the European level.

This text will be of key interest to scholars and graduate students in memory studies, post-Communist politics and European studies, and more broadly in history, political science and sociology.

Lien éditeur



Syndicats et politique en Turquie. Les ressorts sociaux du pouvoir de l’AKP (2002-2015)
Işıl Erdinç
Préface de Gilles Dorronsoro
ISBN 978-2-247-17983-1– 65 €
Sortie le 18 avril 2018
Disponible en librairie et sur editions-dalloz.fr

Comme tout travail d’envergure, celui-ci recouvre plusieurs champs d’études : sociologie du travail, théorie des champs dans la tradition de Bourdieu, analyse du régime politique turc. En premier lieu, l’auteure propose une construction théorique peu fréquente dans la production sociologique actuelle dans la mesure où elle focalise sa recherche sur les relations entre deux champs, c’est-à-dire les relations objectives entre agents. En second lieu, du point de vue maintenant de la connaissance de la société turque, ce livre comble un vide puisqu’il n’existe rien de comparable dans les langues occidentales, ni même en turc. La recherche s’est en effet focalisée sur d’autres sujets, particulièrement depuis les années 1980, et très peu d’études empiriques couvrent le champ du syndicalisme en Turquie.
Enfin, cet ouvrage permet de comprendre les ressorts du régime politique turc. Cette
configuration particulière des relations entre parti dominant et Etat s’inscrit dans le temps long de la république turque, avec sa suite de coups d’Etat et l’impossible
consensus des élites politiques sur une alternance réglée. En pratique, le lecteur comprend comment les réseaux de militants de la mouvance AKP permettent la circulation des militants entre les espaces sociaux, du parti vers le syndicat, les médias liés au parti, les fonctions électives ou les positions dans les institutions d’Etat. Par ailleurs, la dimension comparatiste, qui se lit partout dans les références et les notations, ouvre naturellement à des parallèles avec d’autres pays et d’autres périodes. Une analyse serrée, empiriquement très étayée, et un vocabulaire précis sans être jargonnant rendent ce travail, parfaitement dans l’esprit de cette collection, accessible à un public assez large sans sacrifier la rigueur scientifique.


L’invention du consommateur. Sur la légitimité du marché
Louis Pinto, Paris, PUF, mai 2018

Loin d’être une simple étiquette neutre, la notion de consommateur est le résultat d’une histoire dont les dimensions sont intellectuelles et politiques. Au consommateur « aliéné » mis en avant par les critiques radicales de la « société de consommation », les libéraux ont opposé la vision optimiste d’un agent économique libre et informé, trouvant dans une offre abondante, diversifiée et renouvelée, les moyens de son épanouissement. Le débat a confronté au cours des années 1970-1980 des journalistes, des hommes politiques, des hauts fonctionnaires, des juristes. Pour l’essentiel, les choses en sont là aujourd’hui encore. Les libéraux l’ont emporté : qui oserait s’opposer au libre choix d’un consommateur souverain, pierre de voûte d’un ordre social fondé sur les valeurs marchandes ?

Louis Pinto éclaire cette consécration du consommateur à travers plusieurs angles : l’action gouvernementale, celle des intellectuels, celle des militants consommateurs et de la presse consumériste, le droit de la consommation et la formation des vendeurs.

Louis Pinto, sociologue, est directeur de recherche émérite au CNRS et enseigne à l’EHESS. Il a publié depuis plusieurs années des articles sur le thème de la consommation et des consommateurs. Ses autres domaines de recherche sont la culture, les intellectuels et les philosophes ; il est notamment l’auteur de La religion intellectuelle. Emmanuel Levinas, Hermann Cohen, Jules Lachelier (Puf, 2010).


Changer le monde, changer sa vie
Sous la direction d’Olivier Fillieule, Isabelle Sommier, Sophie Béroud, Camille Masclet, Thomas Hirsch avec le collectif Sombrero, Arles, Actes Sud 2018.

Cinquante ans après Mai 1968, que sont les militants devenus ? Après avoir jeté toutes leurs forces dans la bataille, cru souvent en l’imminence d’une révolution, suspendu longtemps leurs investissements scolaires, professionnels, voire affectifs pour “faire l’histoire”, comment ont-ils vécu l’érosion des espoirs de changement politique ?

La force de ce livre tient à un triple déplacement du regard – de Paris aux régions, des têtes d’affiche aux militants ordinaires, de la crise de mai à la séquence historique 1966-1983 – autant qu’à la richesse du matériau exploité : un dépouillement d’archives le plus souvent inexplorées, comme les documents déclassifiés des Renseignements généraux et des centaines de récits de vie recueillis à Lille, Lyon, Marseille, Nantes et Rennes auprès de militants des syndicats ouvriers, des gauches alternatives et du mouvement féministe.

Cette mosaïque d’histoires constitue la chair de ce livre et permet de brosser un portrait non impressionniste des soixante-huitards, de leur carrière professionnelle, de leur vie affective, de la continuité de leurs engagements, apportant des réponses enfin étayées aux questions suivantes : la vie des soixante-huitards a-t-elle été bouleversée ou simplement infléchie par le militantisme corps et âme des années 1970 ? En ont-ils tiré profit ou le déclassement social fut-il le prix à payer ? Face aux convictions politiques d’antan, les militants font-ils figure d’apostats ou sont-ils toujours ancrés dans un rapport critique au monde social ? Peut-on dire qu’il existe une génération 68 ou n’est-ce qu’un mythe recouvrant d’un voile épais une hétérogénéité de personnes plus grande qu’on ne l’imaginait ?

Le site de l’éditeur


Marseille années 1968
Sous la direction d’Olivier Fillieule et d’Isabelle Sommier, Paris, Presses de Science Po, 2018.

L’histoire de Mai 68 ne s’est pas écrite qu’à Paris, et ses auteurs ne sont pas que des étudiants. Partout en France, d’autres territoires, d’autres militants ont contribué à faire de la décennie qui suivit l’explosion de mai un « âge d’or des luttes », jouant parfois un rôle de catalyseur au plan national.

C’est le cas de Marseille et des Bouches-du-Rhône, sur lesquels cet ouvrage porte un regard singulier. En dépouillant des archives récemment déclassifiées, notamment celles des Renseignements généraux, et en collectant de nombreuses interviews de soixantehuitards marseillais, il exhume une histoire sociale et politique inédite de la région. De la fin des années 1960 au milieu des années 1980, il dévoile une cité phocéenne à l’avant-garde de combats tels que la défense des travailleurs immigrés et la reconnaissance des mouvements féministes, lesbiens et homosexuels.

Loin de la vulgate officielle centrée sur quelques figures médiatiques, Marseille années 68 fait revivre les actions de milliers de femmes et d’hommes « ordinaires » qui se sont engagés pour un monde plus juste et qui ont payé lourdement cet engagement, aussi bien sur le plan professionnel que personnel.

Il réhabilite une époque et une génération souvent mises en accusation et instrumentalisées à des fins politiques.

Commander sur le site de l’éditeur


La globalisation du genre Mobilisations, cadres d’actions, savoirs
coordonné par Ioana Cîrstocea, Delphine Lacombe et Elisabeth Marteu, Editions PUR, Paris, Mars 2018 ;

Forgé dans les milieux académiques et féministes états-uniens des années 1960, le concept de genre a enrichi les recherches en sciences sociales par une épistémologie permettant de dénaturaliser les différences, les inégalités et les identités sexuées. Devenu catégorie d’intervention publique, il fait aussi partie du langage et des répertoires des groupes militants. Ainsi, mobilisé à toutes les échelles (locales, nationales, internationales) par des acteurs contrastés, le genre connaît aujourd’hui un véritable éclatement. L’ouvrage interroge les modalités situées de ses circulations et de ses traductions en actions publiques, militantes, scientifiques et développe des analyses critiques de son succès globalisé et globalisant.

Introduction

Les auteures