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Diffuser les sciences humaines et sociales

mis à jour le 24 novembre 2016


Policy Brief du projet européen Interco-SSH

Par Gisèle Sapiro et Hélène Seiler-Juilleret
Cette « Policy Brief » sur les conditions de la diffusion des sciences humaines et sociales s’inscrit dans le projet européen Interco-SSH (INTERnational COoperation in the SSH), qui étudie les processus d’institutionnalisation et d’internationalisation des sciences humaines et sociales. http://interco-ssh.eu/en/

La lettre aborde deux questions concernant la diffusion des travaux de sciences humaines et sociales : celle de la langue de publication et celle du support numérique, en accès libre ou payant.
Alors que l’anglais s’impose progressivement comme la langue d’usage dans les échanges scientifiques transnationaux, qu’elle facilite de fait, une telle homogénéisation linguistique risque d’une part d’entraîner un appauvrissement épistémologique, de l’autre de réduire l’impact sociétal des travaux en sciences humaines et sociales, du fait que, formulée dans une langue étrangère, la recherche n’est plus relayée par les médias nationaux et devient moins accessible au grand public. Plutôt que d’opter pour une globalisation linguistique qui desservirait la circulation des savoirs en sciences humaines et sociales, il serait plus pertinent de favoriser la traduction d’ouvrages en renforçant les politiques d’aides et de subventions, notamment à niveau de l’Union européenne ; en mettant en place des programmes de formation à la traduction des sciences humaines au sein des parcours universitaires ; en créant des instances internationales de réflexion et d’encadrement de l’activité de la traduction, etc.
De même, le passage au numérique tend dans l’absolu à favoriser la circulation des savoirs. Cependant, l’injonction à l’open access pose le problème du modèle économique pour les revues comme pour les livres. Les solutions oscillent entre la « voix verte », qui consiste à publier en ligne en accès libre, et la « voix dorée » (gold open access), imposée par les grands groupes d’édition (Elsevier, Springer, Sage, etc.), qui requièrent des sommes exorbitantes (2-3000 euros) pour la publication d’un article en open access, en passant par la limitation de l’embargo à deux ou trois ans, après quoi la publication tombe dans le domaine public (selon le modèle proposé par Cairn en accord avec les éditeurs français). Si elle est certainement bien intentionnée, l’injonction de l’Union européenne à restreindre le délai d’embargo (entre 6 et 12 mois) risque de favoriser l’entreprise d’appropriation privée du savoir comme source de profit par les grands groupes, lesquels ont d’ores et déjà commencé à l’instrumentaliser, tout en remettant en cause le fragile équilibre trouvé par des solutions plus équitables comme celui proposé par Cairn, qui aurait pu servir de modèle alternatif.
Le projet Interco-SSH, coordonné par Gisèle Sapiro, est porté par le CNRS-CESSP, Paris, en partenariat avec l’Université de Bologne, l’Université de Cambridge, le CONICET (Argentine), John Wesley College (Budapest), l’Université de Graz et l’Université de Rotterdam.

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